Gazette de Liége

Son vrai nom est Pierluigi Carrara. Mais à la «Casa Nostra» sérésienne, tout le monde l'appelle Gigi. Une fois le portique de la «missione» franchi, les Italiens se sentent en pays connu, dans cette cour qui abrite une école maternelle, des locaux pour les cours d'italien et la chapelle.

Formé au séminaire près de Milan, Pierluigi Carrara est nommé curé dans un village de montagne en 1985. Une chose l'intrigue: l'assemblée de son église compte très peu de jeunes. Il découvre vite que les Italiens ont émigré et entame des visites en Suisse et en France, où il «retrouve» les jeunes de la paroisse italienne, «reconstituant presque un deuxième village!» Son évêque lui confie alors une nouvelle paroisse. Pour remplacer les anciens missionnaires de Seraing, Don Gigi assurera, dès 1998, la responsabilité de la «Casa Nostra».

Curiosité et partage

«Où que tu ailles, tu dois voler» : telle est la devise de Pierluigi Carrara qui estime qu'il faut «trouver ce qu'il y a de beau chez l'autre, être curieux pour s'enrichir et grandir».

Si Seraing compte une communauté italienne de 7 000 personnes, une centaine fréquentent la «missione cattolica». «Ce sont surtout des Italiens de la première génération» constate le curé qui multiplie les occasions d'aller à la rencontre des jeunes. «Je conserve un très bon souvenir des JMJ, l'an dernier, quand 230 jeunes Italiens ont fait une halte à Seraing» se souvient-il, avançant que «l'on peut être catholique et non ringard, allier l'aspect religieux et social», rappelant que «ces jeunes ont étonné leurs aînés par leur ouverture spirituelle». Selon lui, les «nonas» s'attristent du peu d'intérêt de leurs enfants et petits-enfants pour la religion.

Charité et formation

«La vie de la mission compte plusieurs aspects» détaille Don Gigi. «Chaque jeudi, les bénévoles récoltent et distribuent des colis alimentaires à l'attention d'une soixantaine de familles d'Italiens, de sans-papier, de réfugiés. Outre la charité, la mission consacre beaucoup de temps à la formation, une sorte de catéchisme mais pas au sens traditionnel.» Sans oublier les retrouvailles, avec les pensionnés, les jeunes mariés ou la cinquantaine de bénévoles. Dans ces cas-là, c'est autour d'une bonne pizza que se réunissent les fidèles de la «missione».

A Seraing, Pierluigi Carrara ne restera pas éternellement. «Si mon évêque m'envoie ailleurs, je serai content d'entreprendre un nouvel engagement» répond-il, philosophe. Une ombre assombrirait le départ de ce curé qui n'a pas sa langue en poche: «les relations entre la mission italienne et les paroisses belges pourraient être meilleures. Si la missione disparaît, je le regretterai. Car je pressens que les fidèles italiens, au lieu de se tourner vers l'Eglise belge, se replieraient sur eux-mêmes, regardant les offices italiens à la télévision». Pourquoi? «Ils ne trouveraient peut-être plus la sensibilité d'accueil et le soutien, notamment aux malades, que nous tentons de leur offrir».

© La Libre Belgique 2006