Gazette de Liége Quand une institution fête ses deux cents ans, le lien vital avec ses précurseurs est perdu.  Entretien

A la rentrée académique prochaine, l’Université de Liège aura deux siècles. C’est le 25 septembre 1817, en effet, que fut installée officiellement l’Academia Leodiensis, avec pour premier recteur Dieudonné-Toussaint Sauveur. Mais au calendrier du bicentenaire, bien d’autres événements ont été programmés avant le dies natalis. Coup d’œil sur ces commémorations et sur ce qui les caractérise avec Vincent Genin, docteur et assistant au département des sciences historiques.

Des concerts, des conférences, des portes ouvertes, des rallyes, du sport… : les manifestations du bicentenaire sont nombreuses, mais il est finalement peu question d’histoire…

En effet, les événements ont cette caractéristique d’être très peu tournés vers le passé. Il y aura quand même un ouvrage dirigé par Philippe Raxhon. Mais on a ici un aspect interactif qui n’existait pas lors des précédentes commémorations. En 1967, pour le 150è anniversaire organisé sous la direction de l’historien Robert Demoulin, il y a eu deux "Libri memoriales". Il y avait un côté acte de piété, mais ce n’était pas inutile.

L’exposition phare de cette année sera même carrément futurologique : "J’aurai 20 ans en 2030".

Oui. Cela va pour certaines disciplines scientifiques et techniques, mais beaucoup moins pour nous. En 2030, Virgile sera toujours Virgile ! Bien sûr, on peut parler de la numérisation des humanités, mais on risque alors de s’attarder trop sur le support et pas assez sur le fond.

Il y a une tendance à penser que le bicentenaire a une importance particulière. Cela "frappe" plus que 150 ans. Et lors du centenaire, en 1917, on n’avait pas l’esprit à la fête…

Il y a aussi ce que Pierre Nora a bien étudié dans les "Lieux de mémoire" qu’il a dirigés. Il montre que le bicentenaire est un grand moment parce que c’est celui où il n’y a plus de lien vital. On ne connaît plus des personnes qui ont connu les contemporains, comme c’est le cas aujourd’hui pour les gens dont les grands-parents étaient adultes en 1914-1918. Pour le centenaire, comme on était frustré de ne pas avoir pu fêter en 1917, il y a eu un grand jubilé en 1935, relatif non pas à la naissance de l’université mais au centenaire de la première loi organique de l’enseignement supérieur, votée en 1835. Cela a permis de publier un "Liber memorialis". En 1867, pour le cinquantenaire, l’ambiance était très particulière. L’université était affaiblie depuis quinze ans par les écoles normales des humanités qui formaient des professeurs et non des chercheurs. Paul Harsin a parlé d’une "crise existentielle" de l’université.

A quoi sert-il de commémorer ?

Les anniversaires peuvent être notamment un prétexte pour faire (re) partir la recherche. Si beaucoup de gens, un moment donné, s’intéressent à une question, cela permet de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie et cela peut aussi se traduire de manière institutionnelle. C’est le bicentenaire de Napoléon, en 1969, qui a révélé Jean Tulard. C’est aussi à cette occasion qu’on a ouvert une chaire d’histoire de l’Empire à la Sorbonne. A l’occasion des bicentenaires de Liège et de Gand, pourquoi ne créerait-on pas quelque part une chaire d’histoire des universités ?


--> On trouvera le calendrier des événements du bicentenaire sur http://200.ulg.ac.be/calendrier.html

--> Nous traiterons prochainement, dans notre blog http://lepassebelge.blogs.lalibre.be/, de la thèse de doctorat soutenue par Vincent Genin le 18 janvier dernier sur le rôle des juristes belges dans l’histoire du droit international.