Gazette de Liége

Si on trace une ligne entre la gare et la Médiacité, on traverse le parc de la Boverie. D'où ce projet de nouvel axe urbain qui, après le tournant de la rue Grétry, aboutirait au pont Kennedy. Mais cette alternative, par l'autre rive, à l'accès au centre-ville sera réservée aux piétons et aux cyclistes. Ce n'est pas un pont qui est projeté entre le bout de l'avenue Blonden et la grande volière, c'est une passerelle, interdite aux véhicules à moteur. Et il faudra alors serpenter au Jardin d'acclimatation pour aboutir à la Dérivation.

Peut-on vraiment parler d'un axe ?

Conformer la rive droite

En matière de trafic routier, non. Comme vitrine de Liège, oui, peut-être. A condition que ce long détour à pied se justifie par un pôle incontournable sur l'île. Sinon, la passerelle ne procurera que le recul qui manque à la mise en majesté de l'oeuvre de Calatrava, au bout de l'esplanade de la rue Paradis. Comme pour les Guillemins, évoqués hier, les projets s'emboîtent ici comme ils le peuvent, sans plan préétabli. Le "cadeau" de la SNCB impose a posteriori de conformer aussi la rive droite à la présence du sublime ovni. La Boverie pour quoi faire ? Ni le parc ni l'actuel musée d'Art moderne et contemporain (Mamac) ne sont des aimants suffisants. Et revoilà Michel Daerden. C'est le ministre socialiste wallon de l'Equipement qui a proposé, via le Groupement de redéploiement économique (GRE-Liège) qu'il préside, un "grrand" pôle de redéploiement par la culture, façon musée Guggenheim de Bilbao. Sans le sou, la majorité à la Violette a acquiescé, obtenant même bien plus que demandé.

C'est sur une idée de Louis Smal, député wallon CDH, que l'Ansois entreprit l'Ermitage de Saint-Pétersbourg. Mais le musée russe disposait déjà d'une antenne à Amsterdam.

Le Museum of Modern Art de New York (Moma) déclina de même, comme le Centre Pompidou, qui se dédoublait à Metz, ville natale de Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre français de la Culture et... ancien directeur du centre d'art parisien. Sans mandats à l'époque, celui-ci devint conseiller du GRE, à la demande du président de son comité d'experts, lui aussi messin, Bernard Serin, patron de CMI à Seraing.

Fondation artistique

Va donc pour un lieu d'expos temporaires en continu, sorte de Kunsthalle à l'allemande, "sur le thème de la modernité et doublé d'un geste architectural fort". L'étude a été confiée aux consultants danois de Ramboll qui prophétisent 600000 visiteurs par an - 10000 au Mamac - et 1500 emplois, directs et surtout indirects. Une gageure : une dizaine de pôles d'art actuel occupent déjà notre espace européen de proximité.

L'apport de la Région et du Feder a trait au contenant, ce qui ne suffit pas. Michel Daerden veut donc intégrer leurs subsides dans une fondation artistique à créer. Il voit bien l'industriel Bernard Serin à sa tête outre, ajouta Jean-Jacques Aillagon avant de se consacrer à sa nouvelle présidence du château de Versailles, "un directeur artistique talentueux". Opératrice, elle coordonnerait les appels d'offres, dont le choix de l'architecte.

Agrandi vers la Dérivation, l'ancien palais des Beaux-Arts de 1905 passera de 2650 à 3400 m², autorisant deux niveaux. Mais les collections du Mamac devront déménager. A l'îlot Saint-Georges ? Mystère. Le chalet de l'Union nautique abritera restaurant et cafétéria. Le parc, qui sera le lieu d'expositions en plein air, "doit être repensé dans son ensemble", dit Ramboll. Une inconnue de plus (voir encadré). Les futurs maîtres de l'île n'auront pas droit à l'erreur.

Prochain article : création d'un centre de design à Liège.