Gazette de Liége Chronique

En janvier 1977, une équipe de chercheurs du Cercle archéologique Hesbaye-Condroz qui travaillaient dans la basilique Saint-Georges et Sainte-Ode à Amay font une découverte qui marque la vie d’un archéologue. Sous le chœur de la basilique, ils mettent au jour un sarcophage mérovingien en pierre sur lequel se trouve la représentation d’une femme en longue robe tenant devant elle un bâton. Une inscription révèle qu’il s’agit de Sancta Chrodoara. Appelé en hâte, le professeur Jacques Stiennon se lance dans une étude approfondie du sarcophage. Ses conclusions sont lumineuses : sainte Ode que l’on vénère à Amay et Chrodoara ne sont qu’une seule et même personne. Les reliques de sainte Ode sont conservées avec celles de saint Georges dans une châsse. D’autres inscriptions se traduisent par "Chrodoara noble, grande et illustre, de ses propres biens enrichit les sanctuaires".

Cette découverte est mise en relation avec un testament écrit en 634 par Adalgisel-Grimo, neveu de Chrodoara qui, évoquant la basilique Saint-Georges à Amay, ajoutait "où ma tante est enterrée". Le fait est que l’on ne connaît pas vraiment, mis à part quelques données généalogiques, ce qu’a été la vie de Chrodoara. Il n’en fallut pas plus pour titiller l’imagination de Freddy Van Daele, de Hosdent-sur-Mehaigne, qui, dans sa série "Les personnages légendaires de la région hutoise", a déjà raconté, à sa façon, la vie d’Arlette de Huy, de Pierre l’Ermite, de Noël de Fresne ou encore de Saint-Jean l’Agneau. Il propose aujourd’hui "La dame du sarcophage d’Amay".

Avec toutes les réserves historiques qui s’imposent, ce récit est séduisant et très vraisemblable. Comme pour les autres personnages, Chrodoara, que l’on surnomme Oda, prend forme, s’humanise, on s’attache à cette jeune fille dotée d’un terrible père et qui, à quatorze ans, voit mourir sa mère. Chrodoara appartient au peuple Suève (Souabe) qui, lors de sa naissance au 6e siècle, fait partie de l’Alémanie. Elle quittera sa ville natale d’Überlingen (Iburinga), sur les bords du lac de Constance, pour l’Austrasie, elle vivra à Metz et à Châlon-sur-Saône. Elle épousera le duc Boggis d’Aquitaine avec lequel elle vivra à Lay-Saint-Christophe, en Lorraine. Ils auront un fils, Arnould. Boggis s’étant retiré pour vivre en ermite, Oda s’enfuit avec son fils à Landen chez le maire du palais Carloman dont le fils Pépin était élevé avec Arnould, et Grimo, le fils de Babo, frère de Boggis.

En arrivant à Ombret, où un vieux pont romain permettait à l’époque le passage de la Meuse, Oda entendit une voix lui commander de lancer son bâton de marche le plus loin possible vers la rive d’en face et que là où il tomberait, elle devrait faire bâtir une église en l’honneur du saint martyr Georges. Sous le regard surpris de ses compagnons, Oda lance ainsi son bâton qui s’envola très haut et retomba sur l’autre rive à un endroit où, plus tard, elle fera donc bâtir la basilique Saint-Georges d’Amay. Le fils d’Arnould, Ansegisel (soit le petit-fils de Chrodoara), épousera Begge, fille de Pépin (soit la petite-fille de Carloman). Ils auront un fils, Pépin, qui sera l’arrière-grand-père de Charlemagne.

"La Dame du sarcophage d’Amay", Freddy Van Daele, 10 euros, aux musées de Huy et d’Amay, infos : 019.69.96.17 ou vandaele.freddy@skynet.be.