Gazette de Liége Bien que seul élu de son parti, André-Pierre Puget compte au Parlement wallon.  Entretien.

Il vient de déposer une proposition de décret remarquée, visant à encadrer (pour ne pas dire recadrer) la gestion des intercommunales. Mais l’activité parlementaire d’André-Pierre Puget se déploie dans bien d’autres domaines moins médiatiques. Sans les moyens, les assistants, les bureaux d’études dont disposent les grandes formations, il se fait entendre et a gagné, semble-t-il, l’estime de ses collègues dont c’est peu dire qu’ils ne l’avaient pas accueilli chaleureusement.

De Modrikamen à Mungo

"Je n’ai pas une grande influence mais je ne travaille pas pour rien, nous dit-il. J’ai déposé une vingtaine de propositions. Un de mes amendements contre le dumping social a été voté à l’unanimité. J’ai contribué à la mise en place de la consultation populaire". Dans les interventions du député à la Région wallonne et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’enseignement et le sport occupent une large place. Un de ses textes vise à obtenir un soutien financier pour le handisport.

Issu du monde agricole, ancien secrétaire général de Federauto Wallonie-Bruxelles (la confédération du commerce et de la réparation automobile), il s’est lancé dans l’aventure après avoir constaté et vécu la rupture d’une grande partie de la population avec "le système". "Quelque chose ne marchait pas, explique-t-il. Les gens n’arrêtaient pas de se plaindre. Le malaise était particulièrement visible chez les petits indépendants, alors qu’on investissait à perte dans les grandes entreprises. Comme m’a dit un restaurateur : on nous impose la boîte noire mais les apparatchiks, eux, font ce qu’ils veulent… Le système socialiste, c’est d’aider les grandes entreprises parce que leurs 3000 ouvriers voteront à gauche, plutôt que 1000 entreprises familiales dont le patron et les deux ou trois ouvriers voteront plutôt à droite". Entrepreneur lui-même, André-Pierre Puget a fondé APplugs, société active dans la fabrication de bornes de recharge pour véhicules électriques.

En politique, sa première performance fut de démontrer en 2014 qu’on pouvait encore être élu à Liège en se situant explicitement à droite de l’échiquier. Le hic, ce sont les divisions qui traversent ce courant et dont l’itinéraire de l’élu est en lui-même symptomatique. Seul député régional du Parti populaire (PP), il a depuis rompu avec Mischaël Modrikamen, trop obsédé selon lui par les questions d’immigration, et adhéré ultérieurement à La Droite d’Aldo-Michel Mungo, devenue La Droite citoyenne à la demande de la nouvelle "recrue". "Je ne me considère pas autrement que comme un citoyen. Je voulais que ce soit une nouvelle formation. Il est important que les citoyens se sentent concernés par ce qu’on fait." Pourquoi pas le MR ? "J’aurais pu l’envisager s’il avait conservé la ligne droite de Jean Gol, mais ce n’est pas le cas".

Entre la droite des libéraux et hors de l’extrême droite existerait un potentiel électoral estimé à quelque 10 %. Mais ils seront deux partis (au moins) à se le partager…

Conservateur… mais pas en tout

Les affaires Publifin, Nethys et Cie n’ont évidemment pu que renforcer la conviction de notre interlocuteur. "Tout le monde savait. Ecolo aussi. C’était légal ? Mais c’est nous qui mettons la légalité en place. Ils ont voté des décrets par lesquels ils se sont autoprotégés", fulmine-t-il. "J’ai souvent été surpris de la manière dont les échanges pouvaient être agressifs pendant les séances parlementaires, alors qu’une fois la porte fermée, ils s’entendent si bien". En même temps et à l’encontre du PP tel qu’il le perçoit, il entend développer aussi un discours positif. "Si vous vous engagez dans la critique, il faut aussi vous engager dans la solution, raisonnable bien entendu".

Sur les questions éthiques et sociétales, cependant, le propos se fait moins… conservateur. "Il faut aussi avoir une ouverture sur une société qui évolue, professe celui qui se dit par ailleurs attaché à la tradition catholique. Mais il y a des volontés, au MR notamment, d’aller trop vite. Il y a des bases et des fondements qu’il faut faire évoluer, mais il faut prendre du temps pour cela".

S’il vit à Rochefort pour des raisons familiales, c’est bien en terres principautaires que le député Puget envisage de poursuivre sa carrière politique. "Je suis né à Liège. C’est ma ville, mon cœur est ici, assure-t-il. Je suis bien introduit dans beaucoup de milieux, même si je ne suis pas tous les jours sur cette chaise-ci". Notre entretien s’est déroulé à une terrasse de la place de la Cathédrale, à côté de consommateurs qui tendaient l’oreille en nous entendant…