Gazette de Liége

C'est dimanche prochain qu'aura lieu la reconstitution de la Joyeuse Entrée d'Erard de la Marck à Liège, le 30 mai 1506, veille de la Pentecôte.

Erard avait été élu à l'unanimité du chapitre Saint-Lambert, le 30 décembre 1505. Dès lors, il s'était hâté de recevoir la prêtrise et la consécration épiscopale.

Jusque-là, Erard était déjà titulaire de plusieurs charges importantes dans l'Église, notamment en France, mais pour lesquelles il n'était pas nécessaire d'être prêtre.

Nous empruntons à l'historien Léon Halkin, dans la chronique mensuelle de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, datée de mars-avril 1928, la description de la Joyeuse Entrée d'Erard de la Marck. Cette relation, inédite jusque-là, avait été trouvée dans un manuscrit reposant aux Archives de l'Évêché de Liège.

Depuis le XIVe siècle, au moins, de grandes fêtes marquaient l'arrivée du nouveau prince-évêque. Ce fut le cas le 26 décembre 1313, pour Adolphe de la Marck. C'est depuis lors que date la coutume de l'entrée du prince à cheval, entouré de sa suite. Chaque Joyeuse Entrée apportait souvent une innovation. En 1419, Jean de Heinsberg, avait organisé un immense banquet public pour la population dans un des jardins du palais. On y avait distribué plus de 4.000 pains avec toutes espèces de viandes et de boissons. Un chroniqueur avait écrit que la chose la plus merveilleuse que l'on y avait vue était une sirène d'une grandeur colossale adossée en dessous d'une des fenêtres du palais. Il en coulait du vin en abondance que Heinsberg, depuis la fenêtre, prenait plaisir à y verser. Depuis le Moyen Âge, la distribution de vin était de tradition en semblables circonstances.

Je ne suis pas certaine qu'il en va de même pour une reconstitution!

Pour la Joyeuse Entrée d'Erard de la Marck, il y eut même plusieurs sirènes placées cette fois sur la place du Marché. Des fêtes publiques eurent lieu mais pas dans le palais qui tombait en ruine. Il appartiendra au nouveau prince de les relever avec la munificence que l'on sait. La place nous manque pour tout raconter mais cette Joyeuse Entrée ne le céda en rien au faste des autres fois. Arrivant par Herstal où des bannis imploraient leur grâce, le nouveau prince entra dans la ville par la porte Saint-Léonard où se tenaient les deux bourgmestres qui, avant d'ouvrir la porte, lui demandèrent de respecter leurs droits, libertés et privilèges. Entourés de membres de sa famille, de seigneurs, de représentants des métiers et d'une foule enthousiaste, Erard arriva sur les degrés de la cathédrale Saint-Lambert où l'attendaient les chanoines tréfonciers. Un grand Te Deum fut chanté. Le lendemain dans la cathédrale, c'était la première messe solennelle du nouvel évêque avec procession et survol d'une colombe blanche lâchée depuis la voûte.

Le surlendemain, il y eut encore une messe solennelle avec vénération des reliques de la Sainte Croix. Des fêtes populaires se déroulèrent pendant les trois jours.

© La Libre Belgique 2006