Gazette de Liége

Depuis plusieurs années déjà, la conseillère communale liégeoise MR Chantal Mezen a entrepris de mettre en valeur l'extraordinaire patrimoine culturel, artistique et historique, présent dans les cimetières liégeois.

Le succès de ses deux livres, l'un consacré au cimetière de Robermont et l'autre au cimetière de Sainte-Walburge (aux éditions Noir Dessin Production), atteste de l'intérêt que suscite ce domaine qui touche indistinctement chacun d'entre nous.

Aujourd'hui, Chantal Mezen franchit une étape supplémentaire. Considérant combien des monuments souvent très beaux sont laissés à l'abandon, elle a décidé, avec l'asbl qu'elle préside, «Les Cimetières liégeois», de restaurer certaines sépultures qui, par leur qualité artistique ou par les personnes qui y reposent, méritent d'être mises en valeur.

Grâce à des mécènes, la première réalisation est présentée à l'occasion du 200e anniversaire du cimetière de Robermont. Il s'agit du monument à la mémoire de Marie-Louise de Beauvoir (1776-1855).

En 1975, la ville de Liège a donné son nom à une école secondaire située rue Sainte-Marguerite, dans l'immeuble où elle vécut de 1819 à 1855. C'est là que, arrivant de France, Marie-Louise de Beauvoir avait créé une maison d'éducation pour jeunes filles où elle appliquait des méthodes qui, à Liège, pour l'époque, sortaient nettement des sentiers battus.

Elle est née le 17 août 1776, dans le Pas-de-Calais. Son père était médecin militaire à Bapaume. A dix-sept ans, elle épouse un jeune et séduisant juriste, Jean-Louis Voidet, dont elle aura deux enfants : Flore Caroline (1794) et Zéphyre Theodore (1795). Mais son mari dénonce les pratiques électorales du pouvoir en place, il échappe de justesse à une déportation en Guyane et trouve plus prudent de s'enfuir. Marie-Louise finira pas obtenir le divorce et, en 1810, elle épouse en secondes noces Louis - Etienne Beffroy de Beauvoir. Les choses ne seront pas beaucoup plus simples avec son second mari. Pour celui-ci, pas de problème avec la République et, élu à la Convention, il vote même la mort de Louis XVI. Mais lorsqu'après Waterloo, les Bourbons rentrent en France, Louis de Beauvoir, comme tous ceux qui ont voté la mort du Roi, est expulsé du pays et ses biens sont confisqués.

Le couple arrive à Liège en 1816. Il faut bien vivre et Marie-Louise décide d'ouvrir, à son domicile, rue Devant les Carmes, une école pour jeunes filles. Son mari prête serment au Barreau de Liège.

Dès novembre de la même année, elle reçoit les félicitations du ministre de l'Instruction publique de Guillaume d'Orange venu visiter l'école à l'improviste. En 1819, la «Maison d'éducation pour demoiselles» de Mme de Beauvoir déménage et s'installe rue Sainte-Marguerite. Les enseignants étaient laïques et mixtes. A la rentrée de 1818, l'école de Mme de Beauvoir comptait 66 jeunes filles.

Selon Théodore Gobert, en 1829, secondée par le vicaire de Sainte-Marguerite, l'abbé Hornay, Marie-Louise de Beauvoir ouvrit une école de filles totalement gratuite pour laquelle la ville accordait des subsides.

Parmi les élèves de Mme de Beauvoir, se trouvait Léonie de Chestret qui deviendra baronne de Waha et ouvrira l'école supérieure de demoiselles, futur lycée Léonie de Waha.

Marie-Louise de Beauvoir s'éteint en 1855, trois ans après avoir fermé son école. En 1871, la ville de Liège rachète l'immeuble et y installe une école qui, beaucoup plus tard, reprendra le nom de «de Beauvoir».

Ce 31 octobre et le 1er novembre, à 14h, Chantal Mezen proposera aux visiteurs une visite guidée du cimetière de Robermont incluant la sépulture. Un dépliant gratuit reprenant un bref historique du cimetière et une évocation de la vie de Mme de Beauvoir (par Mme Viviane Diet, directrice honoraire de l'Ecole de Beauvoir, rue Sainte-Marguerite, sera distribué gratuitement à l'entrée du cimetière de Robermont. Ceux qui ne peuvent pas se rendre à Robermont pourront, pendant ces deux jours, l'obtenir au siège social de l'asbl, rue Wazon 49, à Liège.

© La Libre Belgique 2005