Gazette de Liége reconversion

Verdir" : tel est le nom, pour le moins explicite, d’un projet, voulu fédérateur et destiné à contribuer à la reconversion économique du bassin liégeois, qui fut lancé par l’Université de Liège (ULg) à la fin de l’année dernière (voir "La Libre" du 23 décembre 2012). A la manœuvre de ce projet jugé visionnaire par d’aucuns, on retrouve le recteur Bernard Rentier, lequel s’est impliqué personnellement, ainsi que le P r Eric Haubruge, vice-recteur de la faculté des Sciences agronomiques de Gembloux (dénommée "Gembloux Agro Biotech"). La genèse de ce " projet d’institution ", tel que le qualifie ce dernier, remonte au mois de juillet 2012, lors de la création de la plateforme "ID campus" dédiée à la créativité. " C’est à ce moment que nous avons eu à plusieurs (N.D.L.R. : le recteur de l’ULg ainsi que Jacques Pèlerin, patron de l’Uwel et actif au sein du groupe ArcelorMittal, sont notamment cités) un premier échange de vues relatif à ce projet qui a plu tout de suite ", raconte Eric Haubruge. Lequel insiste d’emblée sur l’une des spécificités du bassin liégeois, à savoir la proximité immédiate de la Meuse, ainsi que sur la présence massive de friches industrielles. Selon les chiffres avancés, la Wallonie en compterait d’ailleurs quelque 5 000, représentant 10 000 ha, dont 80 % sont situées dans l’axe Sambre et Meuse, soit en bordure du fleuve. " Ces terrains sont idéalement situés mais souvent sous-exploités ", estime l’initiateur du projet "Verdir".

Des exemples étrangers à la pelle

Ce projet est donc sous-tendu par divers éléments contextuels - on peut également évoquer le fait que 70 % de la population mondiale habitera dans les villes en 2050 - et vise à tirer profit de ces friches industrielles, tant au niveau économique que social ou environnemental. "L’idée est d’y développer des zones d’agriculture urbaine et périurbaine comme on peut en connaître ailleurs dans le monde et qui ne cessent d’ailleurs de se développer un peu partout", explique Eric Haubruge. Et ce dernier de préciser, chiffres à l’appui, la part de plus en plus importante de ce type d’agriculture dans la consommation mondiale des produits agricoles. Des exemples étrangers, il en existe à la pelle selon le vice-recteur de l’ULg, lequel en évoque plusieurs tels que, près de chez nous, ceux de Paris, Le Havre, Amsterdam et Rotterdam, ou encore les projets innovants mis en œuvre en Suède ("Plantagon") et à Singapour ("Sky Green"). "La volonté est de verdir la ville et ses abords mais le but poursuivi n’est pas du tout uniquement esthétique. L’objectif est bel et bien, au travers du projet, de développer de nouveaux moyens pour nourrir une population citadine qui est demanderesse d’un accès aux produits frais".

Une expérienece-pilote à Flémalle

Selon Eric Haubruge, le développement de l’agriculture urbaine en terres liégeoises va de soi. " Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, la Wallonie était couverte de forêts charbonnières et que ce fut toujours une terre de cultures. Il importe donc de recréer un lien entre l’homme et la nature ". La notion de "circuits courts" est essentielle à cet égard et sous-tend également le projet de l’ULg. Mais derrière les fonctions écologique et productive évidentes de ce projet (au travers de techniques de production innovantes comme l’hydroponie et l’aquaponie), on trouve également des intérêts socioculturel (en termes de qualité de vie) et économique. A cet égard, l’initiateur de "Verdir" estime à minimum quatre le nombre d’emplois (notamment peu qualifiés) nécessaires pour cultiver un hectare en ville. Avec, à la clé, quelque 300 ha potentiellement concernés dans le bassin liégeois, cela n’est pas rien. Bien sûr, on n’en est actuellement qu’au début d’un projet qui se matérialisera en premier lieu sur le site flémallois Magnetto, soit un vaste hall de production de 3 600 m 2 propriété d’ArcelorMittal. Lequel doit être réhabilité et accueillir dès que possible des systèmes de productions agricoles. Un budget de 250 000 euros a déjà été débloqué par la Région wallonne et ce projet-pilote devrait aussi recevoir l’appui d’investisseurs privés. Car à (court) terme, un objectif de rentabilité est bel et bien recherché au travers de ce projet pour le moins original au sujet duquel une étude de faisabilité financée par le pôle wallon Mecatech vient en outre de débuter.