Gazette de Liége

Ce week-end, et pour la dernière fois de sa carrière, le gouverneur Paul Bolland a donné le coup d'envoi des Fêtes de Wallonie 2004. C'est dans la commune de Thimister, dans l'arrondissement de Verviers, que s'est tenue l'ouverture de cette manifestation qui, depuis dix ans, a pris une dimension toute particulière dans la province de Liège. La fête officielle est fixée au troisième dimanche de septembre mais c'est tout le mois de septembre qui, dans les communes du Pays de Liège, est placé sous le signe de la fête wallonne.

Une fête sur laquelle, en cette année du 90e anniversaire de la bataille de Liège, plane aussi le souvenir de jours bien moins heureux. «Les Wallons, déclara le gouverneur, qu'ils soient de Liège ou d'ailleurs, aujourd'hui citoyens d'un État belge fédéral, ne doivent jamais oublier le prix de la liberté. Leurs parents, leurs grands-parents l'ont payée chèrement».

Ces mots prenaient un relief tout particulier au pied du monument du cavalier Fonck qui, le 4 août 1914, fut le premier soldat belge tombé sous les balles ennemies.

Antoine Fonck était né à Verviers le 10 janvier 1893. Très jeune, il avait perdu ses parents et avait été élevé à Liège par sa grand-mère. À peine sorti de l'école, il avait trouvé du travail comme magasinier au Grand Bazar de Liège. Fasciné par les chevaux, il s'engage comme volontaire en 1911 et devient cavalier au 2e Régiment de Lanciers installé, depuis 1900, dans la caserne des Ecoliers (qui plus tard portera son nom) en Outremeuse. Régiment composé de quatre escadrons sous le commandement du colonel Cumont.

En mai 1914, Antoine Fonck retourne à la vie civile et à sa jeune fiancée. Pas pour longtemps. Deux mois plus tard, le 28 juillet, il est rappelé sous les drapeaux.

Le 4 août, il fait partie d'un groupe de cinq cavaliers envoyés en reconnaissance vers la frontière, sur la route qui traverse le pays de Herve. Il s'agit se rendre compte du bien-fondé des informations selon lesquelles les Allemands auraient traversé la frontière. Les cavaliers s'étaient déployés autour de la commune de Thimister sur l'axe Aix-la-Chapelle - Liège. Vers 10h du matin, Antoine Fonck se trouve au lieu-dit La Croix Polinard lorsqu'il aperçoit un groupe de cavaliers coiffés de colback et portant le sabre au côté. Ce sont déjà les hussards allemands, les uhlans. On ne peut alors qu'imaginer la scène. Ce que l'on sait, c'est qu'il y a un échange de coups de feu. Le cheval est tué, Fonck se défend mais une balle le tue sur place. Quelques heures plus tard, des habitants de Thimister, qui ont entendu la fusillade, viennent relever son corps.

Le 6 août au matin, alors que les Allemands sont à deux pas, Thimister lui fait d'imposantes funérailles officielles et l'enterre dans le cimetière de la commune. Sur une couronne, on peut lire «A mon fiancé».

Pour la première fois depuis l'indépendance de la Belgique, un soldat belge devient un héros dans l'histoire de son pays.

Le 23 août 1923, un monument, oeuvre du statuaire Marcel Rau, a été érigé en bordure de la chaussée Charlemagne, à l'endroit où est tombé le cavalier Fonck.

© La Libre Belgique 2004