Gazette de Liége

Après un certain retard à l’allumage, surtout par comparaison à la Flandre, la préparation du centenaire de la Première Guerre mondiale en province de Liège est entrée résolument en phase active. Et ce n’est pas le pain qui manquera sur la planche, en ces terres principautaires où - faut-il encore le rappeler ? - tout commença : les premiers coups de feu, les premiers morts, les premières batailles, les premières destructions de la première grande tragédie du XXè siècle.

Afin de structurer au mieux le rendez-vous commémoratif de 2014, la Ville et la Province se sont entendues - fait peu banal en soi. Elles ont mis en place un comité d’honneur politique et académique ainsi qu’un coordinateur général. Ce dernier n’est autre que le colonel e.r. Thierry Babette, jusqu’il y a peu commandant militaire de la province, précédemment en fonction au 12e Régiment de Ligne de Spa, où la mémoire de la Grande Guerre est vive. Dans ses tablettes, il y a déjà une double exposition à Liège, mais pas seulement

"Ce seront deux expositions complémentaires avec la même ticketerie, nous dit-il. L’une sera organisée par la Ville à la salle Saint-Georges et l’autre par la Province à l’église Saint-Antoine. Mais il y a aussi actuellement 48 projets en province de Liège ! Ils viennent du gouvernement fédéral - qui organisera la cérémonie du 4 août 2014 à Liège -, de la Région, de la Province, des communes comme Thimister, qui tient à célébrer le cavalier Fonck, ou Visé, la ville martyre " Entre les deux expos liégeoises, soumises pour subsides à la Fédération Wallonie-Bruxelles, les angles ont été dûment répartis : à la Province, la vie quotidienne en 1914-1918; à la Ville, les derniers jours de paix (qui furent vécus dans l’insouciance) et les premiers jours de guerre. Un appel devrait être lancé à la population pour collecter documents et souvenirs privés.

Un grain de sel, toutefois, dans cette mécanique apparemment bien huilée : l’arrivée d’un troisième larron en la personne de René Schyns, le commissaire général d’Europa 50 et Collections & Patrimoines, organisateur de l’actuelle exposition "Golden Sixties" à la gare Calatrava, après beaucoup d’autres aussi prestigieuses ou davantage. Il a déposé à la Région le projet d’un "J’avais vingt ans en 1914". D’aucuns lui ont prêté l’intention de le monter à Bruxelles, où on fait généralement plus de chiffre qu’en bord de Meuse, mais lui-même nous a confirmé le choix de la Cité ardente : "Ce sera aux Guillemins, c’est décidé, non seulement parce qu’il y a une demande de financement de la Région, mais aussi parce que les écoles pourront venir plus facilement en train. A Bruxelles, Benoît Remiche fera peut-être une exposition" (l’administrateur-délégué de la société Tempora, qui a mis sur pied plusieurs événements dont "C’est notre terre" sur le site de Tour et Taxis).

Contrariant pour les plans "officiels" ? Claudine Schloss, responsable de la Bibliothèque Ulysse Capitaine, qui est en train de balayer toutes les collections et tous les musées pour préparer l’expo de la Ville, ne le nie pas : "On peut craindre une certaine multiplication. René Schyns a rentré un dossier mais il a d’énormes moyens. Il ne s’arrêtera pas à des problèmes de subventions". Pour Thierry Babette, la collision frontale est néanmoins évitable : "Nous allons dialoguer. C’est aussi le souhait de René Schyns. Il est vrai qu’il concourt pour avoir le label de la grande exposition Wallonie-Bruxelles".

Ailleurs, on l’a dit, un grand foisonnement s’est fait jour. A Thimister-Clermont, l’idée à été lancée de se mettre en cheville avec la commune française de Joncherey (Territoire de Belfort) où tomba le premier soldat français, le caporal Peugeot. Huit communes du plateau de Herve se sont associées pour préparer l’anniversaire. D’autres se sont groupées autour de Plombières en incluant La Calamine (Moresnet neutre de 1816 à 1919), ce qui permet d’intéresser la Communauté germanophone.

Quant à la cérémonie du 4 août 2014, jour du centenaire de l’invasion allemande, elle aura pour cadre le Mémorial interallié de Cointe, dont la restauration devrait être achevée d’ici là. "Le gouvernement fédéral a la volonté de faire un grand événement, précise le coordinateur général. Plusieurs chefs d’Etat seront invités. On espère la présence du président François Hollande et de la reine Elisabeth ou d’un membre de la famille royale britannique. Il ne faut pas oublier que Liège est la première et une des rares villes non françaises à avoir reçu la Légion d’honneur".

Le rayonnement international tant attendu en vain de 2017 pourrait-il finalement nous venir de 2014 ? C’est peut-être cela qu’on appelle une ruse de l’histoire