Le fort de Loncin livre ses secrets

Paul Vaute Publié le - Mis à jour le

Gazette de Liége

Même les murs de béton semblent vibrer au bruit assourdissant des explosions que suivent les chutes de gravats et les coupures d'éclairage. La reconstitution, en ces lieux qui ne se visitent qu'avec des guides, suggère très partiellement la sensation éprouvée par les hommes qui subirent, sous les voûtes bétonnées, les frappes de l'artillerie allemande aux premiers jours de l'invasion de la Belgique. Au fracas effroyable, un réalisme total aurait imposé d'ajouter les fumées verdâtres étouffantes et la chaleur des flammes.

Sur un mur est projetée la dernière lettre d'un "poilu" à ses proches. Il ne croit pas qu'il sortira vivant d'ici. Il a fallu retranscrire ses lignes, devenues presque illisibles sur le papier usé d'avoir été trop serré par des mains aimantes.

Le 15 août 1914, vers 17 heures, un obus de 420 mm, tiré par la tristement célèbre "Grosse Bertha", perça le fort de Loncin au pire des endroits : le magasin à poudres. "Sous l'effet de ce volcan titanesque, écrira Victor Naessens, le commandant survivant, ce qui restait du massif bétonné fut disloqué et une grande partie de la garnison écrasée sous les blocs de béton, asphyxiée ou brûlée vive".

Sur les 500 occupants du fort, 350 périrent ce jour-là. La plupart d'entre eux reposent toujours sous les décombres. Ici, le temps s'est arrêté il y a 94 ans.

De dix-sept à vingt hommes

L'automne dernier, pourtant, des opérations du service de déminage de l'Armée sont venues briser le silence de la nécropole. Pourquoi ? "Quand les Allemands sont arrivés, ils ont tout muré, nous dit Fernand Moxhet, président du Front de sauvegarde du fort. Beaucoup d'obus se trouvaient dans des salles où plus personne n'était entré depuis. En 2003, j'ai demandé à l'armée s'il y avait un danger ou pas. Ils ont estimé qu'il serait plus prudent de déminer".

Comme on pouvait s'y attendre, les travaux de déblayage ont conduit à exhumer les restes de plusieurs soldats. "Entre dix-sept et vingt hommes ont été retrouvés, explique Fernand Moxhet. Le nombre est incertain parce que beaucoup étaient dispersés".

Trois d'entre eux, pourtant, ont pu être identifiés : les soldats De Bruyker, Desamore (estafette) et Noé. L'un d'eux a son portrait dans la salle d'accueil du site. "Il nous avait été offert par sa petite-fille. Un mois après, on retrouvait son corps". La vie a de ces hasards... comme celui qui aura voulu que ces trois morts pour la patrie soient un Wallon (Liégeois), un Flamand et un Bruxellois.

Le 15 août prochain, date anniversaire de l'explosion du fort ansois, les hommes que les ruines viennent de rendre prendront place solennellement dans la crypte créée au lendemain de la guerre. Ils y rejoindront les derniers défenseurs du fort, tués par les Allemands quand ils y entrèrent. "Il y a cinq caveaux qui sont restés vides. L'un d'eux était destiné au commandant Naessens qui avait demandé à pouvoir reposer avec ses soldats. Mais quand il est mort en 1954, sa famille n'a plus voulu".

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