Gazette de Liége

Disons le d’emblée, Laurent Merenne, Liégeois de 29 ans, n’était pas le premier choix dans le cadre de ce troisième volet de notre série d’été. Mais contacté par nos soins, c’est avec un réel plaisir - partagé - que le jeune homme, Hervien d’origine et régent en français-histoire, a accepté de nous rencontrer. Et par là même de nous livrer un récit passionnant de son séjour d’un an en République démocratique du Congo (RDC).

S’expatrier ? Cet enseignant au lycée Saint-Jacques à Liège n’avait pas cela dans le sang puisqu’ainsi qu’il le reconnaît, "les voyages ne sont pas du tout dans la tradition familiale". C’est en discutant de leurs expériences avec des amis expatriés que l’envie est venue à Laurent Merenne et à sa compagne, Sophie, elle aussi enseignante, de tenter l’aventure de l’expatriation. "Au départ, il s’agissait pour nous de vivre une belle expérience de couple certes un peu égoïste", précise Laurent.

Une expérience qui représentait un attrait mais qui n’était pas non plus sans risque pour ces deux jeunes gens, habitant une maison en Outremeuse et ayant un crédit à honorer sur les épaules. C’est donc après avoir pris des renseignements et obtenu certaines garanties que les deux enseignants ont décidé de partir. Pourquoi donc avoir choisi la RDC ? "C’est un bon ami, Alain, présent sur place avec sa femme, qui a orienté notre choix vers le Congo", raconte Laurent Merenne. Un couple qui a pu lui faire profiter ainsi, qu’à sa compagne, de ses nombreux contacts, leur permettant ainsi de rencontrer toute une série de "gens du cru" et de s’imprégner du "vrai Congo".

Comme il était clair pour les deux Liégeois qu’ils partaient en couple, il était également entendu qu’il leur fallait trouver un travail sur place, si possible en tant qu’enseignants. Une visite sur le site de la Communauté française plus loin, deux possibilités d’emploi au lycée Prince de Liège, soit l’école belge de Kinshasa, s’offraient à eux. Mais ce n’est pas son travail kinois, considéré plus comme un moyen que comme une fin, qui a le plus marqué Laurent Merenne, loin de là d’ailleurs. Il emploie même le terme "déception" quand il évoque son année scolaire congolaise, passionné qu’il est pourtant par son travail d’enseignant. "Si ça s’était mieux passé, avoue même Laurent, nous serions clairement restés une année ou deux de plus à Kinshasa".

Ce qui l’a le plus touché au cours de son séjour, ce sont les rencontres faites en dehors du contexte professionnel et d’un "monde d’expatriés" dont, témoigne-t-il, il est difficile de se sortir. Des rencontres congolaises qu’il doit essentiellement à celui qui est appelé "Maître Alain" par ses amis kinois. "J’ai été frappé par le fait qu’il existe encore un grand respect de l’autorité, de la hiérarchie. Il y a là-bas une vraie culture coloniale", raconte Laurent Merenne. Au rayon des rencontres marquantes, faites pour certaines dans le fin fond de Kinshasa, il tient à citer celle de "Papa Laurent", un homme auquel lui est sa compagne ont donné un petit coup de pouce en l’employant et en donnant des cours de français à sa petite fille.

Des souvenirs, notre interlocuteur en a encore plein la tête, comme cette fois où il a fait du jet-ski sur le fleuve Congo ou encore cette rencontre avec un musicien congolais qui lui a donné des cours de batterie. Ce qu’il retient du Congo, ce sont aussi ses rapports particuliers avec les policiers kinois, "en état de survie permanent et englués dans un système de corruption ".

De retour en Cité ardente depuis juin, Laurent Merenne et sa compagne envisagent déjà de repartir à la découverte d’autres cultures.