Gazette de Liége

Ce ne sera plus le musée des vîs rahis (des vieilleries) ou plus seulement : après quatre ans de chantier, le musée de la Vie wallonne a fait peau neuve. Inauguré vendredi, ouvert au public à partir de ce samedi - gratuitement pendant les Journées du patrimoine et encore le week-end prochain -, ce haut lieu du folklore, des traditions et de la vie quotidienne s'organise désormais selon cinq espaces où le passé et le présent se confrontent en permanence. Nous les présentons en pages "Culture" de La Libre Belgique de ce jour. Mais la rénovation concerne aussi l'habit architectural de l'institution muséale.

Fortunes et infortunes

Celle-ci est plus que centenaire : c'est en 1894 que vit le jour le premier musée ethnographique du Vieux-Liège. Mais il ne disposait pas encore de son écrin actuel. Les collections liégeoises habitèrent d'abord dans des locaux délaissés par l'Académie des Beaux-Arts, puis dans les combles de la maison Curtius, puis dans les dépendances de celle-ci. C'est entre 1963 et 1971 seulement que s'effectua l'emménagement dans l'ancien couvent des Frères mineurs.

Une maison chargée d'histoire, c'est le moins qu'on puisse dire, pour avoir connu bien des fortunes et infortunes diverses. Relais de poste, école, logements, ateliers, magasins... : elle avait été mise à presque toutes les sauces.

Etablis en 1243 au pied de la montagne de Bueren, les franciscains avaient reconstruit complètement leur couvent au XVIIe siècle, dans le style renaissance mosane caractérisé par l'horizontalité des lignes. Sous l'occupation française, les religieux durent quitter les lieux, soumis ensuite à maintes réaffectations. En décembre 1944, une bombe volante devait y laisser des stigmates durables. A la fin des années 1960, une restauration lourde, dans la manière de l'époque, fut menée sous l'égide des architectes Sevrin et Francotte. Et en 1989, la Ville de Liège désargentée céda le tout en emphytéose à la Province.

Ambitieux et périlleux

Mais il fallait se rendre à l'évidence : même si le charme désuet du musée, avec son côté brocante en vitrines, avait ses défenseurs, la présentation des richesses muséales était frappée d'obsolescence et les bâtiments devaient être adaptés, tout en respectant les contraintes inhérentes à un édifice classé. Difficile équation ! "Un projet aussi ambitieux que périlleux", concède aujourd'hui le député provincial Georges Pire, en charge des Travaux.

En 2004, le musée de la Vie wallonne fermait donc ses portes, ses salles étaient vidées et ses 100.000 pièces inventoriées, alors que commençaient les travaux. Ceux-ci ont nécessité un investissement de près de 13 millions d'euros, à charge de la Province (5,5), des fonds Feder européens, de la Région wallonne, de la Communauté française et de fonds privés (ALG). C'est ce chantier qui a trouvé son épilogue hier. Objectif du MVW nouveau : 50.000 visiteurs par an, soit 20.000 de plus que l'ancien.

Si les toitures, le cloître, les menuiseries extérieures... sont rénovés à l'identique, l'ensemble architectural présente des espaces moins confinés à l'intérieur et subit surtout la double greffe d'une coursive vitrée et d'une imposante cage d'ascenseur extérieur en verre. Ce n'est évidemment pas anodin, même si la transparence maintient la visibilité des façades. Il a fallu, paraît-il, des négociations ardues pour obtenir l'assentiment de la Commission des monuments et des sites, très réticente au départ face à ce projet. La galerie offre en revanche au visiteur une belle perspective sur la cour et les ailes de l'édifice... à condition que des voitures n'aient pas tout envahi, comme c'était le cas vendredi !

La cure de jouvence concerne aussi, pour 3 millions, l'église Saint-Antoine, désacralisée en 1977 et devenue un lieu de manifestations culturelles et d'expositions temporaires. Le nouveau musée comprend aussi des espaces prévus à cet effet, mais pas de concurrence, assure-t-on : il est prévu de s'y borner à des thématiques en phase avec celles des collections permanentes.

Voir aussi en page 25 (Culture)