Gazette de Liége Bilan un an après l’inauguration de ce vaisseau amiral de la politique liégeoise.

C’était il y a un an, jour pour jour. À l’aube d’un long week-end ensoleillé, le nouveau musée liégeois de la Boverie, sis au sein du parc éponyme, était inauguré en grandes pompes. Après deux ans de travaux et ayant pu compter sur un important soutien financier de différents niveaux de pouvoir au premier rang desquels l’Europe et la Région, l’ancien palais des Beaux-Arts de l’Exposition universelle de 1905 ouvrait ses portes au public, venu nombreux assister à cette renaissance patrimoniale due à l’architecte français Rudy Ricciotti et au cabinet liégeois ph.D. Vu par le bourgmestre de Liège Willy Demeyer (PS) comme un symbole du renouveau culturel, la Ville ayant investi massivement dans une politique jugée par ce dernier "ambitieuse et équilibrée" de rénovation de ses infrastructures culturelles, ce nouveau vaisseau amiral des musées liégeois avait pour ambition de réunir les collections de la Ville en matière de Beaux-Arts en faisant la part belle à de grandes expositions voulues de portée internationale.

Un beau succès de foule

C’est dans cet esprit qu’un partenariat artistique a été conclu dès avant l’inauguration de La Boverie avec le musée parisien du Louvre, lequel s’est engagé à superviser la scénographie des collections permanentes et à accompagner le musée liégeois dans la programmation de trois expositions temporaires. La première d’entre elles, dénommée "En plein air" et consacrée à la naissance et à l’essor progressif de la peinture dite en plein air du 18e siècle à nos jours, a permis de rassembler 125 œuvres dans le cadre jugé enchanteur du parc liégeois. Avec quelque 75 000 visiteurs recensés durant quatre mois, cette exposition a rencontré un beau succès de foule, laquelle fut aussi invitée dans la foulée de l’ouverture du musée à participer à une série d’animations annexes ayant pour but d’"affirmer la métropole liégeoise et de la faire rayonner à l’international".

S’en sont suivies deux autres expositions dont celle intitulée "21 rue la Boétie" et dédiée à la collection du grand-père de la journaliste Anne Sinclair, à savoir Paul Rosenberg, un marchant d’art qui fut l’ami et l’agent de plusieurs artistes de renom. Prolongée d’un mois, cette exposition qui ne fut pas sans rappeler celle organisée précédemment sur l’art dit dégénéré totalisa environ 150 000 visiteurs. Dans un autre registre, à savoir celui du neuvième art, La Boverie accueille depuis le 17 mars et jusqu’au 11 juin "Révolution bande dessinée", soit une plongée au cœur des revues Métal Hurlant et A suivre avec la complicité du Fonds Leclerc pour la culture présidé par le grand patron français Michel-Edouard Leclerc. Cette exposition qui rassemble quelque 300 planches originales est toujours en cours ainsi que la 11e Biennale internationale de Gravure, laquelle se clôturera le 14 mai.

Au-delà des chiffres en termes de fréquentation, lesquels atteignent les 250 000 visiteurs après un an d’activité (provenant essentiellement de la province de Liège et de la région de Bruxelles-Capitale ainsi que des pays de l’Euregio), il est permis de se poser des questions sur la gestion du musée. Ce que ne manque pas de faire Pierre Gilissen, conseiller communal MR et vice-président de l’ASBL gestionnaire. Et ce dernier d’évoquer sa "satisfaction globale" quant au fonctionnement après "une année bénie des dieux" et dont les chiffres ont correspondu aux attentes. "Il faut voir désormais si l’intérêt perdurera", poursuit-il, soulignant que l’équilibre financier atteint est selon lui précaire. "La deuxième année sera sûrement plus compliquée", estime ainsi Pierre Gilissen, lequel épingle "un problème de définition de l’ADN du musée". Et d’évoquer les expositions à venir relatives tant au bicentenaire de l’arrivée de John Cockerill qu’aux 500 ans d’histoire de la médecine. Il plaide pour une reconduction de la convention avec Le Louvre et concernant les collections permanentes, "insuffisamment mises en valeur", il juge qu’elles ont fait les frais du reste. "Il va falloir choisir entre deux modèles", avertit-il.