Gazette de Liége

Le mécénat d’entreprise est laminé. Ethias et Dexia pansent les plaies du krach, ArcelorMittal, en déficit de commandes, comprime le personnel et saque dans ses budgets de notoriété. Mais, en cette période noire pour le financement alternatif de la création, Paul-Émile Mottard, député provincial socialiste en charge de la Culture et du Tourisme, veut maintenir le dialogue dans ce couple devenu maudit, l’entrepreneur et l’artiste.

Le colloque "Économie et culture", prévu bien avant la tourmente financière - et la décision de consulter les citoyens sur "Liège 2015", dimanche prochain - aura bien lieu ce jeudi à l’Université (voir ci-dessous).

L’ancien responsable de l’Orchestre philharmonique n’a pas varié depuis son intervention au Conseil provincial en mai 2008. On ne revient pas sur la candidature de Mons, mais "Liège est la vraie capitale culturelle de la Wallonie". Rideau ? Non : "Il y a aujourd’hui un élément tout à fait neuf. Un mouvement citoyen existe et les gens se sont mobilisés autour d’une réflexion culturelle. Mais ce que je crains, si le vote n’est pas probant, c’est une dépression, une frustration de nombre d’artistes".

Alors que, quoi qu’il arrive, "un projet culturel reste indispensable, comme vecteur du redéploiement. Dans les faits, de toute façon, on se comporte un peu comme si on était l’une des futures capitales européennes de la culture, avec toutes nos infrastructures en chantier". Mais il faut aussi "donner la parole à la création au quotidien, réfléchir sur le regroupement des lieux culturels, s’ouvrir à une communauté urbaine de la création ainsi qu’à un espace d’échan ges provinciaux".

Rapprocher l’économie de la culture, n’est-ce pas contradictoire ? Ces deux mondes craignent la récupération, convient Jacques Dubois, professeur émérite de littérature à l’ULg et directeur scientifique du colloque : "On va nous demander de l’argent, se disent les patrons. On va nous mercantiliser, se disent les créateurs. Non. La culture ne sauvera pas l’économie, mais l’économie vient de tellement adorer le profit, avec les conséquences que l’on sait, qu’elle doit se tourner vers d’autres valeurs".

D’où les thèmes retenus pour les quatre ateliers : collaboration entre entreprises et entreprises culturelles - Opéra, OPL, théâtres, etc. - pour une même stratégie de développement régional. Puis recherche, universitaire et privée, envisagée comme une stimulation de la créativité, posant le caractère universel de la création. Ouverture à d’autres modes de penser, ensuite, dans la diversité des cultures - immigration, groupes sociaux, associations - pour un "métissage" mobilisateur du redressement. Enfin, explique Jacques Dubois, "la nécessaire internationalisation de Liège, européenne et multilingue, en maintenant une identité forte. La fierté et l’ouverture. Un thème que peuvent partager entièrement nos artistes sans frontières et nos sociétés exportatrices".

Décloisonner

L’image culturelle comme levier de l’économie ? Bien sûr, répondent Bernard Serin, patron de l’équipementier CMI et président du comité scientifique du Groupe de redéploiement économique (GRE-Liège), ainsi que Jean-Marie Hermand, administrateur des cinémas des Grignoux. À quoi Jacques Dubois ajoute : "Les métropoles qui veillent à leur attractivité économique ont besoin de l’appui de la culture. Les exemples foisonnent".

Encore faut-il "surmonter les cloisonnements, y compris au sein du monde des arts, en générant des partenariats entre des acteurs qui se méconnaissent souvent" , conclut Paul-Émile Mottard, initiateur du projet provincial Passages qui va dérouler jusqu’en 2010 plus de 40 manifestations.

Quand on vous disait qu’on se comporte ici comme une vraie capitale culturelle

Demain : les grandes institutions culturelles.