Gazette de Liége

La création d’un Centre du design à Liège est l’un de ces imbroglios à côté duquel la saga du tram fait presque pâle figure. Les rebondissements n’ont pas manqué dans ce feuilleton dont on espère le dénouement en 2015. A-t-on été victime du "syndrome de la place Saint-Lambert", comme le souligne le conseiller communal MR Gilles Foret, qui se dit "inquiet de la lenteur du dossier" et qui dénonce "la déresponsabilisation, le manque d’autocritique et de pédagogie de la Ville pour expliquer les retards accumulés" ?

Acte 1 : en 2009, la Spi (à l’origine du projet) et la Ville s’entendent sur un emplacement, l’ancien site Balteau, entre les rues de Serbie et Paradis. Un concours européen d’architectes est lancé mais c’est le flop. "Aucun projet ne contenait de spécificités à un Centre du design", se plaint l’échevin de l’Urbanisme Michel Firket (CDH). L’appel d’offres passe donc à la trappe et s’en suit un autre, entaché d’un scandale : l’architecte désigné est marié à l’une des directrices de la Spi.

Acte 2 : début 2010, un conflit oppose la Ville au ministre wallon Marcourt (PS). Liège veut l’implantation rue de Serbie et la Wallonie rue Paradis. C’est cette dernière qui est retenue. La Ville, propriétaire d’un terrain de 661 m2 sur le site le fait expertiser par son notaire en vue de sa revente à la Spi. Le Comité d’acquisition d’immeubles (CAI) fait de même mais les deux estimations vont du simple au double : 250.000 pour le CAI et 552.000 euros pour les Liégeois. Les deux parties consentent chacune à un effort de 20 % sur le prix. "Le gap de 10 % sera utilisé par la Ville pour un droit de tirage, une occupation gratuite concernant des bureaux", précise Michel Firket.

Acte 3 : la même année, on croit le projet sur les rails mais il change de forme : la Ville et la Spi décident de créer en plus du Centre dix logements et un parking. Jean-Claude Marcourt y ajoute un espace entreprises et Liège des bureaux. "Il faut donc établir un nouveau budget et rechercher des fonds", indique Olivier Béart, le porte-parole de la Spi.

Acte 4 : le montant de l’investissement sera de 1,5 million d’euros dont 600.000 euros des fonds Feder et 750.000 de la Wallonie. Avec le retard accumulé, le financement européen sera-t-il encore garanti, se demande Gilles Foret ? "Oui", assure-t-on à la Ville et à la Spi. "Il était soumis à une première dépense et c’est l’achat par la Spi d’une maison privée sur le site (les actes seront signés le 12/12) qui en fait office", annonce Olivier Béart.

Acte 5 : fin 2011, la situation se clarifie enfin. La dépollution du terrain sera effectuée par la Spaque l’an prochain, à hauteur de 96.500 euros. Début 2012, un nouvel appel d’offres européen sera lancé. "Le cahier des charges sera rédigé de façon précise pour éviter le fiasco de 2009. Cinq à six cabinets d’architectes seront retenus", déclare Olivier Béart. Et l’on se dirige vers un partenariat public (Centre et espace entreprises) - privé (parking et logements).

Ouf, le Centre du design de Liège devrait voir le jour en 2015 ! Bâtie sur quatre niveaux et répondant à des normes écologiques, cette vitrine de la création liégeoise, aura (bien évidemment) une architecture design. Elle est vue par la Ville comme une locomotive pour le quartier des Guillemins en pleine refonte. "En espérant que les fonds d’investissement promis soient suffisants pour ériger un bâtiment convenable", ironise Gilles Foret.