Gazette de Liége

Le projet d'aménagement du quartier des Guillemins élaboré par l'architecte Daniel Dethier et des associés, approuvé par le collège liégeois, devrait passer le cap du débat au Conseil communal avant l'été, suite à l'enquête publique qui se tiendra en avril.

En marge des débats des décideurs politiques, les réactions sur le projet de la gare ne manquent pas. L'Association des clients des transports publics, par exemple, estime que ce plan "néglige la connexion train-bus que s'imposent quotidiennement 10 000 voyageurs" . Dans le même ordre d'idée, André Spailier, ingénieur industriel de formation, ancien professeur d'électricité et motorisation, chroniqueur ferroviaire dans la revue Trans-fer et spécialisé dans la mobilité et la grande vitesse, livre ses impressions.

Un complexe d'affaires

André Spailier tient d'emblée à rappeler que "la Belgique a pris énormément de retard dans la construction de ses lignes à grande vitesse, laissant passer sa place centrale en Europe".

Concernant la ligne Paris-Bruxelles - Liège - Aix - Cologne, qui passera par la nouvelle gare Calatrava, André Spailier insiste : "Un TGV n'est pas conçu pour emmener les gens en vacances mais pour drainer le monde des affaires et favoriser de la rentabilité dans une ville, ce qui nécessite des abords de gare adaptés. Or, le projet Dethier prévoit 55 000 m2 de bureaux et 500 logements. C'est bien trop peu pour attirer les sociétés étrangères." Et d'évoquer la gare TGV Lille - Europe où un complexe d'affaires de 600 000 m2 de bureaux, commerces et habitats, procurant 7 000 emplois, a vu le jour.

Il estime que les bâtiments imaginés par Dethier, hauts d'une quinzaine de mètres, vont sembler "écrasés" par la gare qui culmine à 40 mètres. Et s'interroge sérieusement : "Les passagers descendus du TGV feront-ils vraiment 600 mètres à pied pour rejoindre le parc de la Boverie via la passerelle sur la Meuse ?"

Mais, avant tout, c'est "l'absence de réflexion multimodale" qui fait bondir André Spailier.

Gare des bus souterraine

Passionné, il a lui-même dessiné en 2002, à titre personnel, une maquette du quartier de la gare.

S'inspirant de celles de Montparnasse et Lille, il imagine des bâtiments de cinq à onze étages, le tout avec galeries couvertes au rez-de-chaussée, pour un total de 281 000 m2 de surfaces.

Il rend les abords totalement piétonniers pour éliminer le transit dans le quartier de Fragnée. Il conçoit des dépose-minutes et accès aux taxis devant la gare. L'intermodalité, "qui est la possibilité de passer d'un mode à l'autre de transport sur une distance la plus courte possible, à l'abri des intempéries, et qui se révèle négligée chez Dethier puisqu'il place les arrêts de bus à 150 mètres de la sortie de la gare", est ici résolue grâce à une petite gare des bus comptant un arrêt souterrain et placée juste devant la gare Calatrava. "De quoi intégrer dans le futur, ce sera irrémédiable, un système électrique comme le tram, le trolleybus ou le bus électrique", explique André Spailier qui songe même, via un plan d'eau devant la gare, à des navettes fluviales vers la Meuse.

Ses rêves ont un prix : pour les 17,3 millions d'expropriations prévues par le plan Dethier, cette maquette en prévoit 500, "qui devraient être pris en charge par les promoteurs des bâtiments ", note-t-il, bien plus proche dans sa vision des choses de la maquette présentée par Santiago Calatrava en février 2006... Une maquette ambitieuse (irréalisable ?) à laquelle la Ville a préféré un projet "humain".

André Spailier, enfin, rappelle que "les Guillemins constituent la dernière possibilité avant longtemps pour créer à Liège un apport de nouveaux habitants et de richesses". Sa crainte : que les Liégeois se contentent de regarder passer le train...

© La Libre Belgique 2007