Gazette de Liége

Les célébrations du 75e anniversaire du Carmel de Mehagne donnent l'occasion d'évoquer l'histoire des carmélites à Liège. (1)

Au 13e siècle, la communauté d'hommes qui s'est retirée sur le Mont Carmel en Palestine, (d'où leur nom) est chassée de Palestine. En 1249, un carmel est fondé à Liège comme en témoigne la rue des Carmes. En 1451, le provincial des carmes de France, Jean Soreth, prêche le carême à Liège. Ses sermons ont un impact extraordinaire sur son auditoire. En 1457, grâce à un legs, une propriété est acquise à l'entrée du faubourg Saint-Léonard. Quatre femmes s'y installent. Il s'agit là de la toute première fondation religieuse féminine à Liège. C'est de Liège que, plus tard, partiront 9 carmélites pour fonder le premier carmel de femmes en France. Pendant tous les événements du sac de Liège par Charles le Téméraire, en 1468, Jean Soreth est à Liège où il tentera, en vain, de calmer le jeu.

Au 16e siècle, Thérèse d'Avila (1515-1582) donne une forme nouvelle aux couvents féminins. Ce seront des petites familles (pas plus de 21 sœurs qui doivent être des amies). Beaucoup de couvents à l'époque dépassaient la centaine de sœurs.

Grâce à des patriciens liégeois, le 13 septembre 1627, une propriété est achetée rue du Potay, près de la porte de Vivegnis. Le nom Potay signifie en wallon un petit trou, une mare, une flaque. Un procès avec le voisin, un brasseur, à propos de la hauteur du mur de clôture, durera 11 ans et se terminera au bénéfice du couvent.

En avril 1657, la première pierre d'un nouveau couvent est posée sur un terrain voisin et en 1665, la communauté y emménage. À la Révolution française, les religieuses refuseront énergiquement de sortir de leur couvent. En 1797, lorsque le couvent et l'église sont vendus comme biens nationaux, c'est un bourgeois de Liège qui, pour les religieuses, rachète tous les biens.

En 1856, à l'instigation du curé de Chênée, l'abbé Stiennon, l'église de Cornillon et l'ancienne léproserie où Julienne avait eu la révélation de l'institution de la Fête-Dieu, sont achetées par le Carmel du Potay qui est au complet. Les premières carmélites s'installent dans ce deuxième carmel en septembre 1860.

En 1908, la mort d'une carmélite va considérablement bousculer la communauté du Potay. Marie Florkin, en religion, sœur Marguerite Marie, était une riche héritière. A sa mort son neveu et sa nièce réclament leur héritage. Ils intentent une action en justice qui va durer un peu plus de... 23 ans. En 1930 alors que l'affaire est en Cassation, c'est l'expulsion des religieuses. Elles sont accueillies par les Filles de la Croix, dont le couvent est voisin du Carmel. Après sept semaines, elles s'installent, en juin 1930, dans une aile de l'école normale de Theux, à Franchimont. Grâce à un généreux donateur, les carmélites vont disposer d'un terrain à Mehagne où un couvent sera construit. En 1933 les carmélites quittent Theux pour leur nouveau couvent de Mehagne.

La "drôle de guerre", la guerre et l'occupation, les V1 et les V2 causeront à Mehagne des dégats importants qui seront réparés. Depuis lors, la paix règne sur le Carmel de Mehagne qui a évolué en fonction des réformes du concile Vatican II. Les célébrations du 75e anniversaire ont permis de constater combien les carmélites, ont su adapter leur vie de prière et de silence à une nécessaire ouverture sur le monde.

(1) Voir l'intéressante publication des "Feuillets de la cathédrale de Liège" avec des articles de plusieurs auteurs notamment, sœur Marie-Josiane, actuelle Prieure de Mehagne, l'historien liégeois Jean-Pierre Delville et Philippe Ghilain, avocat général honoraire.