Gazette de Liége

Le virtuel rejoint l'imaginaire et la poésie à travers la pensée pure. Mais ce monde, construit de simulations empilées, se trouve en prise directe avec la fabrication des ensembles technologiques les plus réels : Airbus, fusée Ariane, Renault F 1, Mercedes... C'est le monde de Samtech, au Sart Tilman, l'une des premières spin-offs issues de l'ULg, dès 1986, il y a vingt ans.

Ils étaient neuf scientifiques du Laboratoire des techniques aéronautiques et spatiales fondé par le professeur Guy Sander. Sept sont toujours à la barre de Samtech, qui est devenu un groupe international de 220 personnes, intégrant une dizaine de filiales en Europe et en Amérique latine. Les quartiers généraux de Liège emploient 53 personnes, dont 80pc d'ingénieurs. Et parmi eux, 15 docteurs en sciences appliquées!

Mais que fabrique donc Samtech? Des équations. Des mises en systèmes de millions d'équations aux multiples inconnues. Le logiciel Samcef, pour «Système d'analyse des milieux continus par la méthode des éléments finis», est ainsi devenu, face aux géants américains, la référence européenne, par ses applications en ingénierie assistée par ordinateur. Explication.

Un Lego virtuel

Avant sa réalisation, la reproduction virtuelle de n'importe quelle pièce de fabrication est divisée «par la pensée» en une série de petits cubes -les fameux «éléments finis» - qu'on assemble par simulation afin de prédire, via une banque de données mathématiques d'une complexité inouïe, les caractéristiques mécaniques et physiques de l'ensemble. Avantages pour le fabricant: haute qualité dès la conception, diminution du temps de développement du produit et moindre importance des tests physiques sur la pièce réalisée, toujours très onéreux. Bref, économies tous azimuts.

Applications innombrables dans l'analyse des réponses de toute structure au mouvement et aux sollicitations thermiques et mécaniques. Ainsi en matière d'éléments d'avion -dont un gros contrat récent avec Airbus Industries-, de lanceurs Ariane, de conduite automobile, de résistance des machines-outils. «Nos filiales sont géographiquement très proches de nos grands clients», déclare Eric Carnoy, directeur général. «Toulouse et Hambourg se situent en face des chaînes d'Airbus. Mais nous nous sommes aussi diversifiés sur Liège même, en créant GDTech (Global Design Technology), active dans l'automobile, qui assiste le constructeur, de la conception à la fabrication du véhicule. Quant à la petite Open Engineering, issue de Samtech et de l'ULg -une spin-off de spin-off!-, elle élargit encore nos modélisations en intégrant une multitude d'interactions physiques simultanées sur un objet virtuel».

On touche ici à la quintessence du groupe Samtech, quand les mathématiques pures confinent à la poésie pure. Nom du nouveau logiciel: Oofelie. «La blanche Ophelia flotte comme un grand lys...»

© La Libre Belgique 2006