Gazette de Liége Commerces Ils entendent sensibiliser le citoyen et le politique quant à la dure réalité de leur métier.

On se souvient fin 2016 et début 2017 de la grande colère des libraires de presse contre la prolifération des night-shops, insistant sur la concurrence jugée déloyale que ceux-ci représentent et le manque de diversité des commerces en centre-ville.

Ce lundi, une nouvelle action lancée par quinze libraires liégeois a démarré dans le centre-ville de la Cité ardente et ailleurs dans la province (Seraing…). Il s’agit cette fois d’une action de sensibilisation "sur notre réalité de libraires-presse". "Nous souhaitons faire connaître au grand public et à nos clients les marges brutes ridicules qui sont accordées sur les produits que nous vendons, pour qu’ils sachent…", de sorte que "nous devons de plus en plus réfléchir en centimes. Nous avons du mal à joindre les deux bouts", explique Mathieu Brion, patron de la librairie Artefum (place Saint-Lambert), qui rappelle la concurrence occasionnée par les night-shops et les grandes surfaces commerciales. "Dans notre profession, où nous n’avons pas de marge de manœuvre, ça devient difficile."

"C’est l’avenir de tout le réseau qui est en danger", appuie Jean-François Masereel de la librairie Accolade (rue Saint-Léonard). "Je suis libraire depuis 24 ans et j’ai pu constater qu’en cinq à dix ans, on est arrivés à des marges en dessous de 5 %, voire 2 ou 1 %". Et de donner quelques exemples : sur un paquet de cigarettes à 6,60 euros, le libraire ne gagnerait que 45 centimes (brut) ; sur un journal du samedi à 2 euros : 34 centimes ; sur une carte de bus à 9,10 euros : 26 centimes ; sur un lotto ou euromillion à 2,50 euros : 15 centimes. "Avec les éditeurs de presse en situation difficile, la lutte européenne contre le tabac, etc., les marges que nous accordent nos fournisseurs ont fortement diminué", affirme-t-il. Ainsi, pour le tabac, en cinq ans, "notre marge a diminué de 9,5 à 5 %".

Par ailleurs, les libraires insistent sur le coût d’un paiement de leur clientèle par Bancontact. "Le boîtier et la maintenance me coûtent 300 euros tous les mois, cela fait 4 000 euros sur l’année, tel qu’on se retrouve parfois à perdre de l’argent", précise Mathieu Brion. "S’il n’y a pas de réaction du politique ou de la clientèle, les villes et quartiers vont se vider de leurs librairies, et ça deviendra des villes et villages morts", avertit Jean-François Masereel.

Interpeller aussi le politique

Le calendrier choisi, soit quinze jours avant les élections, n’est pas le fruit du hasard puisque les libraires entendent aussi interpeller le politique sur leur réalité. Durant quinze jours, une bâche de 24 m2 précisant la situation du libraire-presse recouvre la façade de la librairie Artefum (place Saint-Lambert) "car c’est un point de vue stratégique". D’autres affiches sont apposées sur les vitrines des libraires. Une action que soutient Prodipresse, l’organisation professionnelle des librairies-presse de Bruxelles et de Wallonie. "Entre 2010 et 2017, on a perdu 25 % du réseau indépendant", s’alarme Xavier Deville, président de Prodipresse. "Beaucoup arrêtent par dépit : le grand nombre d’heures face au peu de retour financier". Pour l’heure, ils ne seraient plus que 1 500 libraires de presse indépendants en Fédération Wallonie-Bruxelles.