Gazette de Liége

Il est, au début du pont Albert, à Liège, un monument qui intrigue souvent les visiteurs et parfois aussi les Liégeois eux - mêmes.

C'est un ensemble de cinq grandes stèles en marbre noir, longées sur un côté par un ensemble de croix en bronze doré. Sur la première face, neuf dates sont inscrites sans aucune autre précision, sous l'inscription en lettres d'or "Liège à ses enfants morts pour elle". C'est une oeuvre du sculpteur Pierre Caille, insérée en 1964 dans la décoration artistique voulue pour la célébration du 40e anniversaire de la bataille de Liège.

L'architecte Dedoyard avait conçu le projet de l'ensemble, comprenant aussi l'esplanade en contrebas du pont et la statue du roi Albert par le sculpteur Charles Leplaes et le grand escalier d'honneur, doté de sculptures de M. Gillard et P. Renotte. Ces dates sont celles de neuf des nombreuses batailles qui ont jalonné l'histoire de Liège. (1)

Le 22 mars 1106, c'est la bataille du pont de Visé, point de passage, à l'époque, de la route d'Aix à Liège via Fouron - le - Comte. Elle a opposé les Liégeois aux troupes allemandes de Henri V qui voulait s'emparer de son père Henri IV venu se réfugier auprès du Prince - Évêque Otbert. Grâce à une stratégie qui fait croire à une retraite, la victoire des petits Liégeois sur les grands Allemands est totale. Henri V n'aura plus l'occasion d'une revanche. Le 7 août de la même année, Henri IV meurt à Liège.

La deuxième date est 1213. La bataille de Steppes, (ne pas confondre avec les Steppes qui n'existent pas dans nos contrées), est une date lumineuse dans l'histoire de Liège. Le 13 octobre 1213 fut, jusqu'à la disparition de la principauté, célébré comme une fête nationale. Les Liégeois de l'évêque Hugues de Pierrepont, sous la protection de Saint-Lambert et avec l'aide, notamment, du comte de Looz, mirent en pièces les troupes du Brabant, l'ennemi héréditaire. L'armée brabançonne conduite par le duc Henri Ier fut écrasée, en Hesbaye, au lieu-dit : la Warde de Steppes entre Montenaken et Houtain - l'Evêque.

La date suivante évoque la victoire liégeoise à la bataille de Vottem du 19 juillet 1346. Chassé de Liège par le peuple, Englebert de la Marck lève une armée considérable grâce à ses puissants voisins. Les milices liégeoises commandées par des capitaines appartenant à la noblesse, construisent une muraille autour d'un perron installé entre Vottem et la porte de Sainte-Walburge. Les chevaliers ont abandonné leurs chevaux pour se battre au milieu de leurs hommes massés dans cette enceinte.

C'est par son effet de masse compacte et sa cohésion que l'infanterie liégeoise put s'opposer avec succès à la cavalerie ennemie.

En 1408, c'est la terrible défaite d'Othée. Le 23 septembre, trois armées, celle du Princes-Evêque Jean de Bavière, du duc Jean de Bourgogne dit Jean sans Peur, et du comte Guillaume de Hainaut, attaquent Liège. Malgré les conseils du mambour, Henri de Perwez, les Liégeois indisciplinés, se lancent dans une attaque téméraire. Ils sont écrasés et la répression de Jean de Bavière (Jean sans Pitié) sera horrible. En 1468, c'est à nouveau le rouleau compresseur bourguignon avec, la tentative des 600 Franchimontois et le sac de Liège.

Et puis 1790, avec les batailles de la Révolution française et le pays écartelé entre la fin de l'Ancien régime et l'avènement du nouveau. Ensuite, 1830 et la bataille pour l'indépendance de la Belgique et enfin, les deux grandes guerres de 1914-18 et 1940-45.

(1)- Voir Les grandes batailles de l'histoire liégeoise de Claude Gaier, Éditions Eugène Wahle (aujourd'hui Éditions du Perron).