Gazette de Liége

La création de l’Archéoforum et l’ouverture aux visiteurs des vestiges du plus lointain passé liégeois n’ont certes pas mis fin à la recherche archéologique au centre historique de la ville. Régulièrement, de nouveaux sondages ou des avancées dans l’étude des pièces mises au jour - sans parler des fouilles hypothétiques de l’espace Tivoli... -, enrichissent un savoir d’abord communiqué à l’intérieur des cercles scientifiques.

Sans attendre que toutes les questions aient trouvé leur réponse - sera-ce jamais le cas ? -, la collection "Archéobook", créée par l’Archéoforum, se propose de présenter un état des travaux au grand public. Un premier numéro, publié en 2007, avait été consacré aux églises de la place Saint-Lambert. Le deuxième, qui vient de sortir de presse, fait le point sur l’édifice gallo-romain né entre Meuse et Légia aux Ier-IIè siècles après J-C.

"On a encore fait des fouilles il y a quelques mois, explique le directeur de l’Archéoforum Jean-Jacques Messiaen. Le problème, c’est qu’un moment donné, il faut savoir décider de s’arrêter pour publier alors que les recherches continent et que dans 15 jours, 15 mois ou 15 ans, il y aura peut-être des éléments nouveaux". De cette synthèse provisoire et des éclairages nouveaux qu’elle apporte sur l’architecture, le cadre naturel et la chronologie, il résulte notamment que ce qu’on hésite encore à appeler une "villa" fut en tout cas une construction imposante, de 54 mètres de long pour 35 mètres de large. "Sa taille n’est pas rare, mais elle montre déjà l’importance d’un tel site, explique Stéphanie Bonato, historienne de l’art à l’Institut du patrimoine wallon et coordinatrice de l’ouvrage. Sa présence dans une zone inondable et marécageuse paraissait incongrue, mais l’étude des sédiments montre que ce n’était pas le cas à l’époque".

Outre ses proportions, la construction du bâtiment en promontoire s’élevant au-dessus du niveau du sol ne manque pas d’impressionner "On a longtemps cru que les soubassements étaient liés aux crues de la Meuse, relève Denis Henrard, archéologue au service public de Wallonie. En fait, ces crues sont venues avec l’industrialisation et les berges en amont. Ce geste de terrassement est donc là pour "en jeter", un peu comme les douves des châteaux de la Loire".

Le système de chauffage par hypocauste constitue également un bon indicateur du niveau de vie des propriétaires. S’y ajoutent ici des salles et des infrastructures annexes dont la fonction, dans l’état actuel des connaissances, demeure difficile à déterminer. Du reste, ce que peut voir le visiteur de l’Archéoforum ne donne qu’une idée partielle de l’ampleur de l’ensemble. On est en présence de la partie "habitation" d’un domaine d’exploitation qui s’étend vers le Tivoli, la place du Marché et dont l’histoire, sans doute, ne s’arrête pas avec le Haut-Empire romain. "Très vite, au Haut Moyen Âge, on a un centre épiscopal et on voit que les bâtiments respectent l’orientation de la villa, note Denis Henrard. Quel rôle joue-t-elle alors ? On ne sait pas, mais elle est toujours présente et marque toujours le paysage".

L’"Archéobook" numéro 2, à recommander chaudement pour l’après-visite, sera suivi d’autres, notamment sur les strates préhistoriques d’un site qui, pour rappel, constitue au niveau européen un des potentiels de recherche les plus importants conservés et accessibles.

"L’édifice gallo-romain de la place Saint-Lambert", Archéobook 2, IPW - Archéoforum de Liège, 20 pp., www.archeoforumdeliege.be