Gazette de Liége Novembre 1918, la ville de Liège est une joie et une animation sans pareilles.

Issu d’une lignée de commerçants et commerçant lui-même, Henri Jamin témoigne dans ses carnets inédits de la vie à Liège durant les années 1914-1918.

Ce jeudi 14 novembre vers 6h du soir arrivent de Hollande comme des bombes Rita et Jean et Marguerite ; ils arrivent à Cointe chez Charles. Surprise, joie, acclamation. Ils se portent bien. Jean est devenu un vrai homme. Ils ont passé la frontière sans formalité. On va et on sort de Hollande comme on veut. On passe la soirée chez Charles. Rita reste quelques jours à Liège. Jean ne veut plus retourner, l’aspect animé de la ville l’intéresse et puis il voudrait être à Liège au moment de la rentrée de nos armées ! Rita retourne à Bois-le-Duc avec Guitte ce jour mercredi 20 novembre.

Samedi 23 novembre Nous avons la surprise de voir revenir le soir vers 9h toute la bande des Hollandais à Cointe. Joseph s’est décidé à rentrer, craignant qu’on interdise sa sortie de Hollande. Ils ont fait rapidement leurs bagages et se sont mis en route. Tous se portent bien ; Joseph a très bonne mine, seulement les cheveux et la barbe un peu grisonnante et les filles Madeleine et Gaby se portent bien et sont grandies. Tout ce monde a eu difficile de loger. On a dû se partager, une partie chez Charles, chez Jules, chez le curé, à Cornillon ; chez Charles, il y avait en plus M. et Mme Jaminet et le petit. Chez nous, à cause des Français, nous ne pouvions guère loger que Jean, enfin on s’arrange. Les journées que l’on passe sont très agitées. On ne voit qu’armée en retraite, prisonniers de toutes nationalités. Le public est agité, fiévreux, nos alliés suivent les Allemands en retraite à 30 kilomètres de distance ; au fur et à mesure que les Allemands se retirent, les nôtres avancent. C’est une joie, un délire, un enthousiasme indescriptible chez les populations que nos armées traversent. Pendant les 12 jours qu’a duré l’évacuation allemande, le temps a été sec et froid, il a même un peu gelé.

Dimanche 24 novembre Le dernier boche a quitté Liège ce dimanche à midi ! Nous avons toujours nos deux prisonniers. Temps doux mais gris. La ville est une joie et une animation sans pareilles. Une affiche du Bourgmestre annonce que le dernier soldat allemand a quitté notre ville aujourd’hui. Il invite la population à s’en réjouir. Quelle délivrance ! Le soir, les cafés étaient bondés de public qui s’amusait ferme. Les prisonniers français et anglais et russes continuent d’affluer. Ils sont très bien reçus de la population.

Jeudi 28 novembre Nous obtenons un camion très difficilement pour l’après dîner ; en 3-4h, nous transportons le plus gros du déménagement et nous logeons jeudi soir rue Lamarck. Le dernier jour, nous avons préparé notre déménagement. Nos Français nous ont quittés mardi 26 novembre. Chaque jour il y a des arrivées d’armées françaises, belges, anglaises, c’est une suite de manifestations chaleureuses. Le temps est toujours doux mais brumeux. Ce jeudi 28, nous faisons transporter par camion le plus gros de notre déménagement. Le soir, on logeait rue Lamarck.