Gazette de Liége Mais une comédie originale écrite à quatre mains par José Brouwers (l’Arlequin) et l’artiste Philippe Waxweiler.

Entre José Brouwers et Philippe Waxweiler, la complicité ne date pas d’hier. Cela fait une vingtaine d’années, en effet, que le peintre et sculpteur réalise régulièrement des décors de pièces pour le fondateur du théâtre Arlequin. Avec "Je veux un Magritte", qui ouvrira en avant-première la saison de la compagnie royale le 24 septembre prochain à la Cité Miroir, la collaboration a pris une tout autre dimension. Il s’agit cette fois d’une création commune, écrite à quatre mains.

"J’avais dit à Philippe Waxweiler que Picasso a signé des pièces, pas très bonnes mais qui ont été publiées, nous raconte José Brouwers. Du coup, il s’est dit qu’il pourrait bien écrire lui aussi. Il m’a proposé par la suite des sujets à réaliser à deux, mais ils avaient déjà été exploités". Le projet tomba donc à l’eau, jusqu’à ce qu’une anecdote rapportée par l’artiste plasticien à l’homme de scène fournisse la source d’inspiration tant attendue. "Un jour, il a vu un Magritte dans la réserve du musée des Beaux-Arts où il se trouvait pour faire photographier un de ses tableaux. Il s’est dit qu’il pourrait le prendre, le mettre dans sa voiture et le garder dans un coffre-fort pendant cinq ou dix ans, le temps qu’on oublie. Ni vu, ni connu. Il a résisté à la tentation…"

Le côté risible d’un certain monde de l’art

Comme le hasard fait bien les choses, la comédie arrive alors que le peintre surréaliste est célébré un peu partout en cette année du cinquantième anniversaire de sa mort. De la réalité à la fiction, quelques changements sont intervenus. Quatre personnages - joués par Marie-Josée Delecour, Catherine Ledouble, Fabian NicolaÏ et Serge Swysen - se trouveront liés à la disparition, ici effective et inexpliquée, d’un tableau du maître lessinois. Les réalisateurs promettent que ce sera drôle et palpitant.

Et un certain monde de l’art en prendra pour son grade… Celui, notamment, où un Magritte n’épate pas parce qu’il est beau mais parce qu’il vaut dix millions. Celui aussi où règnent faussaires et imposteurs. "Un conservateur de musée n’a pas intérêt à dire qu’il a un faux Rembrandt, explique Philippe Waxweiler. Et si un jour Albert Frère se lève, m’achète une série de tableaux et le fait savoir, ma cote va monter immédiatement. Je me moque un peu de certains nouveaux artistes contemporains qui font ce qu’ils appellent des concepts. Comme me disait Georges Collignon, ils ne se salissent plus les mains".

Tout naturellement, José Brouwers a œuvré à la mise en scène et Philippe Waxweiler au décor. "Il représente le bureau d’un riche antiquaire, précise ce dernier. C’est celui que j’aurais pris si j’avais vraiment volé le Magritte ! Taziaux nous a fourni des meubles magnifiques. Il y a un tableau de Stevens au mur et j’ai demandé à Louis Leloup une petite touche. Il a fait la poignée de la porte". La musique de scène, originale, est due à Rhony Venta.

Pour la petite histoire, ce ne fut pas rien de pouvoir utiliser le nom de Magritte, devenu une véritable marque comme Coca-Cola. Le feu vert obtenu se limite au titre, pas aux affiches ni au décor.