Gazette de Liége

Vendu à la Telaf-Maastricht par l'antiquaire Francis Janssens à la société Ethias, agissant comme courroie de transmission de différents pouvoirs publics liégeois, le célèbre Vase des Neuf Provinces a sans doute été sauvé de justesse d'une mise sous le boisseau, voire d'un lointain exil.

«Si on ne s'était pas mobilisés, le vase était parti en 48 heures», a expliqué Willy Demeyer lundi. C'est le bourgmestre de Liège, en effet, qui porte la plume à son chapeau, ayant mobilisé une série de partenaires pour empêcher le rachat par un privé du joyau du Val-St-Lambert, réalisé en 1894 pour l'Exposition universelle d'Anvers.

Dont coût? Quelque 320000 euros ou 13 millions d'anciens francs belges, plus parlants à cette hauteur. La Province intervient pour 5 millions, la Ville de Liège pour 4, celle de Seraing pour 2 et la société Immoval, «développeur» du site du Val, pour 2 également. Un peu chérot? «Nous avons travaillé à cinq, ce qui a permis de réduire l'effort des uns et des autres, répond Willy Demeyer. Et puis, je n'ose pas penser à ce qu'on aurait dit si le vase était parti... On aurait dit: ils ne sont pas capables d'empêcher cela, tout fout le camp!»

Une certaine Belgique

Restait à trouver un gîte pour le fleuron du patrimoine cristallin. L'ironie du sort a voulu que l'accord, qui s'est fait «sur simple parole», prévoie pour une période de deux ans et demi, dans l'attente du futur Grand Curtius, l'installation du vase, bien en évidence, au château du Val. On était le lundi 13 mars quand ce projet fut élaboré à l'hôtel de ville de Seraing. Mais le lendemain soir, l'incendie ravageait l'ancien palais abbatial...

Du coup, c'est dans la salle du Péristyle du palais des Princes-Evêques à Liège que l'oeuvre sera exposée -et légèrement restaurée- dans un premier temps. De son avenir à plus long terme, les copropriétaires rediscuteront, convaincus qu'ils sauront bien s'entendre dans ce qui a comme une allure de communauté urbaine avant la lettre. Une exposition temporaire au château, quand il sera réparé, pourrait être envisagée: une perspective qui réjouirait Immoval, on s'en doute. Mais attention, fragile: pour tout transport, l'objet de 200 kilos doit être démonté en 82 pièces, réparties entre 14 caisses.

La solution intervenue, en tout cas, satisfait pleinement le maïeur de Seraing. «C'est un geste qui nous va droit au coeur», expliquait hier Jacques Vandebosch. «Les Neuf Provinces, c'est symbolique. Cela démontre aussi notre attachement à une certaine Belgique, pourquoi ne pas le dire?» Pour le député permanent (et sérésien) André Gilles, la copropriété indivise constitue une garantie que tout le monde pourra profiter de cette acquisition.

© La Libre Belgique 2006