Gazette de Liége

Jamais en six siècles (au moins), pareils travaux n’avaient été réalisés à Liège… il faut dire que ce chantier, annoncé pour 2017, touche à ce que Liège a de plus cher, son Perron !

Dans le cadre de la politique liégeoise d’art public, en effet, la volonté des autorités et, en l’occurrence, du cabinet de l’échevin CDH du Patrimoine (entre autres) Michel Firket, "est d’abord, de restaurer ce qu’on a", explique Jean-Marie Verdière, son chef de cabinet.

Attention fragile

Ainsi, après la statue de Charlemagne, la fontaine de la Tradition (place du Marché) et la fontaine de la Vierge à l’Enfant (en Vinâve d’Île, travaux en cours), c’est au tour du célèbre Perron de Liège de faire l’objet d’une restauration bien nécessaire. Symbole de la justice du prince-évêque à l’origine, considéré aussi par la suite comme un symbole des libertés et de l’autonomie communale liégeoises, le monument doit bien sûr être traité avec soin. Ainsi que nos confrères de "L’Avenir" l’avaient révélé le mois dernier, les premières expertises montrent que la colonne, pièce maîtresse du Perron, doit être remplacée.

"Il y a quatre ans déjà que nous avons décidé de restaurer le Perron, mais cela correspond au moment de son classement au patrimoine majeur de Wallonie", poursuit le chef de cabinet. Qui dit classement dit subside, donc, mais aussi contraintes. "Une étude globale a donc été lancée et, vu ce que représente ce patrimoine, cette étude a été suivie de près par la Région et par la commission des Monuments et des Sites". En septembre prochain, Liège pourra procéder à la désignation d’un maître d’œuvre.

A côté des Trois Grâces

Que va-t-on faire précisément ? L’enlever dans un premier temps, exactement comme a été enlevée la fontaine de la Tradition ou comme l’est actuellement la fontaine de la Vierge à l’Enfant. Ensuite ? Il s’agira de restaurer les différents éléments, le bronze des bassins de la fontaine mais également les marbres.

Précisément, la colonne, pièce originelle à l’inverse des Trois Grâces qui la surmontent (sous la pomme de pin) semble fortement atteinte. "Elle est devenue poreuse avec le temps et ne peut donc plus être restaurée, précise Jean-Marie Verdière. Il faut la remplacer, par une nouvelle colonne en marbre".

Comme l’exige la procédure, cette colonne originelle sera conservée au Grand Curtius, à côté des Trois Grâce originelles. La copie de cette dernière pièce, qui est en béton sur le Perron, sera également remplacée par Trois Grâces en marbre.

Un peu d’histoire

Indéniablement, ce monument liégeois fait la fierté de la ville. Car il en est indissociable, il est devenu son symbole. Un lien intime qui dure depuis, au moins, six siècles.

Si les premières traces de ce monument remonteraient au XIIIe siècle (voire avant ?), on peut affirmer qu’il existe dans sa forme actuelle depuis le début du XIVe siècle. Attention, nous parlons du Perron en lui-même soit de la partie supérieure (marches et colonne), la fontaine ayant été construite près de quatre siècles plus tard.

Surmontant aujourd’hui une fontaine, celle de Jean Del Cour, construite en 1696 et 1697, le Perron n’a pas toujours été aussi imposant. Ce qu’il représente, on l’a dit, a connu avec le temps un glissement pour aboutir à la conception courante du symbole des libertés publiques et des privilèges de Liège. Au XVe siècle, il a d’ailleurs été victime de son statut. On se souviendra en effet que, lors du sac de la ville par Charles le Téméraire, en 1468, il fut emporté à Bruges et exposé au public, afin d’anéantir définitivement l’indépendance liégeoise. Une dizaine d’années plus tard à peine, en 1477, Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, le restituera à sa ville.

Lorsque le Perron est renversé, lors d’une tempête en 1693, sa restauration est confiée au sculpteur Jean Del Cour. Il en profite pour ajouter, au sommet du Perron, les Trois Grâces, trois statues en marbre blanc soutenant la pomme de pin, mais également la fontaine à plusieurs bassins, qui soutient l’ensemble depuis.