Gazette de Liége

Il n’a peut-être pas de pétrole mais le moins que l’on puisse écrire est qu’il a des idées, pour paraphraser l’adage bien connu… Il, c’est Pierre Arnould, ingénieur civil de formation qui a travaillé avec plusieurs bureaux liégeois et qui concentre depuis quelques années ses réflexions personnelles sur des projets alternatifs. C’est ainsi entre autres que ce dernier est intervenu en son temps dans le cadre du débat sur le futur tram avec une proposition de rendre ce dernier plus léger et aérien. On peut encore évoquer ses prises de position, arguments architecturaux et urbanistiques à l’appui, concernant la réhabilitation des parcelles impactées par l’explosion de la rue Léopold ou de l’implantation d’un centre d’études et de ressources dédié à l’écrivain Georges Simenon.

Désormais, c’est dans le cadre des enquêtes publiques en cours relativement au projet de réhabilitation du site désaffecté de l’ancien hôpital de Bavière et de reconstruction en lieu et place d’un nouveau quartier (voir ci-dessous) que Pierre Arnould tient à apporter sa pierre à l’édifice. D’emblée et comme à son habitude, l’ingénieur liégeois n’y va pour ainsi dire pas de main morte eu égard à un projet officiel - celui du consortium privé Bavière Développement - qu’il juge irrecevable, ne s’appuyant selon lui sur "aucune approche mûrement réfléchie en termes d’urbanisme". D’où sa volonté de proposer une alternative au master plan dont il est question en l’espèce par l’intermédiaire d’une nouvelle donne, laquelle entend substituer à "la banalité et l’ennui" du programme urbanistique imaginé "la qualité et l’enchantement".

Une tour "hors normes"

Pour y arriver, Pierre Arnould a mis sur pied un schéma directeur qu’il a fait parvenir aux partenaires concernés par ce projet dont les pouvoirs publics (Ville et Province). Déplorant le fait que l’architecte soit selon ses dires laissé au second plan au profit des promoteurs immobiliers, il remet en cause la partition actuelle et affiche quant à lui un objectif clair, à savoir la transformation de l’intérieur de l’îlot en un vaste parc public.

Et ce sans entamer la programmation des acteurs concernés, ce qui est possible selon lui moyennant des constructions en bordure du site ainsi que l’érection d’une tour "hors normes". Celle-ci, d’une hauteur projetée équivalente au tiers de la surface utile du projet (soit 100 000 m2), serait située au croisement du boulevard de la Constitution et du quai de la Dérivation. Lequel serait quant à lui requalifié par la création d’une voirie souterraine en lieu et place de celle existante, permettant ainsi un lien entre le parc et le fleuve tout proche.

En outre, alors qu’il est également question dans cette contre-proposition de réhabiliter plusieurs éléments du patrimoine, de piétonniser intégralement la deuxième partie du boulevard de la Constitution ainsi que d’aménager un site propre pour les transports publics, le volet résidentiel du projet serait contenu en bordure du site avec la définition d’une zone de non-édification en intérieur d’îlot. Dans l’hypothèse de Pierre Arnould, deux lots seraient construits en surface dont la tour destinée à accueillir l’ensemble de la programmation de la Province et du CHU ainsi que des commerces et des parkings en sous-sol. Dans l’esprit de l’ingénieur liégeois, qui prévoit le maintien éventuel du projet culturel initial développé par la Province, la future bibliothèque pourrait être dissociée du pole créatif, lequel serait aussi logé dans la tour.Bruno Boutsen