Gazette de Liége

Le film “Les enfants du Hasard” raconte le quotidien d’une classe multiculturelle de Cheratte.

On ne présente plus vraiment le réalisateur belge Thierry Michel, du moins lorsque l’on s’adresse à des cinéphiles. En effet, natif de Charleroi mais ayant rapidement émigré vers la Cité ardente après des études supérieures réalisées à l’Institut des arts de diffusion situé à Louvain-la-Neuve, ce dernier a déjà derrière lui une large panoplie de films. Ancien employé de la RTBF et cinéaste volontiers engagé, tant d’ailleurs politiquement que socialement, le sexagénaire qu’il est désormais a finalement assez peu filmé son pays natal. Si ce n’est au tout début de sa carrière de documentariste, au sein des films intitulés “Pays noir, pays rouge” et “Chroniques des saisons d’acier” (mettant en lumière sa région d’origine) ainsi que “Hiver 60” (ayant trait à la grande grève de cette année-là) et “Hôtel particulier” (consacré quant à lui à l’univers carcéral). 
 
Retour en région liégeoise

La Belgique, Thierry Michel, installé aujourd’hui à Liège et ayant fondé Les films de la passerelle avec la productrice Christine Pireaux, y revient plus tard, tant pour filmer “La grâce perdue d’Alain Van der Biest”, suite à l’assassinat d’André Cools, que “La métamorphose d’une gare”, soit celle des Guillemins inaugurée en 2009. Parmi ses autres faits d’armes, cinématographiquement parlant et faisant à chaque fois ou presque l’événement, on signalera également ses longs-métrages consacrés à ses nombreux voyages, que ce soit au Brésil, en Somalie, en Iran ou au Zaire devenu depuis lors le Congo. Soit un pays où ce bourlingueur adepte de la polémique a maintes fois planté sa caméra et encore récemment, mettant cette fois à l’honneur le docteur Denis Mukwege, lequel est surnommé “L’homme qui répare les femmes”.

Le retour en région liégeoise dont il est question ici, réalisé de concert avec Pascal Colson et soutenu par la société de distribution des Grignoux, est donc une nouvelle fois de nature à créer l’événement. Et pourtant, dans sa forme en tout cas, “Les enfants du Hasard”, ainsi que le film qui sort le 22 mars prochain, n’a rien d’une œuvre revendicative. Que du contraire même mais on retrouve la volonté récurrente de Thierry Michel de sublimer la réalité. Pour décor, ce dernier a choisi une petite école communale de Cheratte, dans l’entité de Visé.

Une ode à la vie

Là même où à deux pas d’un ancien charbonnage, une classe d’élèves issus pour l’essentiel de l’immigration turque termine son cycle d’études primaires sous la houlette de leur institutrice Brigitte. Laquelle les guide dans un monde en mutation où le repli identitaire est une réalité. Le film raconte donc le quotidien de cette classe multiculturelle de Cheratte, entre doutes et espoirs. Conçu comme une ode à la vie et raconté par les enfants, il tisse ainsi des liens entre passé, présent et futur et dessine un sens du bonheur possible, au sein de l’école et de la société.