Gazette de Liége Celui des années ‘50-‘60. Coup d’œil dans le rétroviseur de Jean-Marie Roberti.

Avoir été stagiaire à la "Gazette de Liége" puis journaliste au "Drapeau rouge" et à "Combat", c’est un des grands écarts commis au cours de sa longue carrière par Jean-Marie Roberti. Âgé aujourd’hui de 77 ans et toujours actif au sein du corps consulaire, le directeur honoraire du service du Protocole, des Relations extérieures, de l’Information et de la Presse de la Ville de Liège est une mémoire vivante et intarissable de la vie liégeoise des soixante dernières années.

Une grève au "Drapeau rouge" !

De son passage à la rédaction du quotidien du Parti communiste de Belgique, dans les années’60, l’ancien journaliste se souvient surtout de… la grève qui y fut menée contre la direction. Une action contre… l’égalité salariale avait conduit au licenciement du secrétaire de rédaction. "Tout le monde avait le même traitement, de celui qui venait d’arriver jusqu’aux responsables, nous dit-il. Nous avons voulu qu’on tienne compte de la fonction et de l’ancienneté".

Dans un rouge moins vif, c’est pour l’hebdomadaire syndical "Combat", organe du Mouvement populaire wallon (fédéraliste et socialiste), que Jean-Marie Roberti travailla ensuite, comme rédacteur en chef jusqu’en 1976. Avantage : il connaissait bien la pensée du défunt leader. "Presque toutes les semaines, on se réunissait autour d’une choucroute pour préparer le journal. Quand il y avait une discussion, j’expliquais qu’André Renard avait écrit ceci ou cela, ce qui mettait tout le monde d’accord".

Mais on l’a dit : c’est à la "Gazette de Liége" que notre interlocuteur, issu d’une famille catholique, avait fait ses premières armes. Il y fut en 1958. Joseph Demarteau III - celui qui avait engagé Simenon après la Grande Guerre - présidait toujours aux destinées du journal, sous le regard de l’évêque de Liège Mgr Kerkhofs.

"Dieu succède à Marx"

"J’ai été très bien reçu et on m’a donné tout de suite des tas de choses à faire, raconte notre interlocuteur. J’ai été chargé de couvrir le Premier Festival du Jeune Théâtre. J’ai aussi été "envoyé spécial à Bruxelles" - c’est comme cela qu’on disait à l’époque - pour l’Exposition universelle. Pour la Journée de l’Union soviétique, j’avais écrit un article très modéré, mais en allant chercher le journal le lendemain à la rédaction, alors rue des Guillemins, j’ai eu la surprise de constater qu’il n’était pas publié. Je suis retourné à l’Expo où c’était la Journée du Vatican et je me suis appliqué à faire un article encore meilleur. Le lendemain, il était en page une et l’article sur la Journée de l’URSS était à l’intérieur. En une, Joseph Demarteau avait titré : "A l’Expo, Dieu succède à Marx" !"

A cette époque où la presse était beaucoup plus engagée, sans ménagements entre cléricaux et anticléricaux notamment, et où les kiosques liégeois étaient riches de nombreux titres aujourd’hui disparus, une grande convivialité pouvait aussi marquer les relations entre professionnels, se rappelle le futur homme de communication de la Ville et au PS. "C’était un autre monde de la presse, où il était compatible d’être journaliste et d’exercer un mandat politique. On était invité à des déjeuners de presse qui duraient quatre heures ! Pas de GSM bien sûr, même pas de télécopieur. On travaillait par télex ou on dictait par téléphone. Il y avait des sténos dans les rédactions. On avait plus de place, plus de temps aussi... On pouvait profiter toutes les semaines des visions de presse dans les cinémas dont on était spécialiste si on le voulait. On était bien nourris mais mal payés ! L’expression démocratique était plus large, mais il n’y avait pas les réseaux sociaux".

A méditer, à l’heure où de nouvelles concentrations médiatiques se profilent…