Gazette de Liége

La police judiciaire de Liège vient de clôturer le premier volet de l’enquête concernant des malversations commises par des dirigeants de Liège Airport. Et selon nos informations, ce volet, qui concerne notamment les prestations de l’entreprise de jardinage chargée de l’entretient des pistes et des espaces verts de l’aéroport, a révélé bien des surprises. Après audition des principaux acteurs, il apparaît aujourd’hui que le directeur général Luc Partoune (PS) n’est pas le seul à avoir profité de prestations d’entretien de jardin effectuées par l’entreprise D., mais dont les factures ont été réglées par la société gestionnaire de l’aéroport liégeois.

Selon des documents dont nous avons eu connaissance, l’ancien président de l’ex-SAB, société gestionnaire du site, Régis Jehasse (PS) a également profité de prestation de l’entreprise D. sur le dos de l’aéroport. C’est ainsi que celle-ci a effectué des travaux d’entretien de jardinage dans son habitation en 2002. La facture datant du 6 novembre 2002, d’un montant de 6 600,82 € et portant le numéro 0401-12 a été réglée par Liège Airport. L’entreprise D. a aussi soigné l’actuel président, José Happart (PS). Elle a réalisé des travaux chez lui, mais "gratuitement". Contacté par nos soins, M. Happart s’est refusé à tout commentaire tant qu’il n’aura pas été réentendu par les enquêteurs. Dans le cadre de l’enquête judiciaire concernant des malversations à Liège Airport, le directeur général, Luc Partoune a été inculpé de faux en écriture et usage de faux en septembre 2009 pour des travaux réalisés à son domicile privé par la même entreprise D., mais facturés à Liège Airport. Il s’agit de nettoyage de massifs dans sa propriété pour un peu plus de 600 € durant l’année 2008.

Mais d’après les PV des auditions des témoins, ces travaux privés, mais payés par des deniers publicsn, ont également été réalisés durant les années antérieures. C’est ainsi que Liège Airport a réglé des factures de l’entreprise D. pour 1 312,25 € (date de la facture : 30/04/2007, numéro 270 094), pour 1 562,11 € (12/05/2006, numéro 260 127) et pour 825,27 € (29/04/2005, numéro 250 160).

Un nouveau fait a été récemment porté à la connaissance des enquêteurs. Il a trait à la manipulation de marchés publics. Ainsi, l’an dernier, Liège Airport lance un nouveau marché de services pour l’entretien des espaces verts devant l’aéroport et autour des pistes durant les quatre prochaines années. A la date de clôture des offres, il apparaît que seules deux entreprises ont rentré des offres. L’entreprise D n’en faisait pas partie.

Serait-ce pour faire jouer davantage la concurrence ou pour permettre à celle-ci de participer à la compétition ? Toujours est-il que les dirigeants de l’aéroport ont annulé la procédure pour en relancer une autre. Entre-temps, ils ont remboursé les frais de dossiers aux deux entreprises qui avaient participé à la première procédure. Mais pour la seconde procédure, l’entreprise D. apparaît parmi les 6 soumissionnaires. Deux d’entre elles ont été éliminées, mais parmi les quatre entreprises candidates retenues, l’entreprise D. avait l’offre la plus élevée, soit 116 000 € par an, alors que celle des trois s’élevait à environ 70 000 €. A ce stade, le marché n’a pas encore été officiellement attribué.

En 2007, trois entreprises avaient soumissionné pour les services d’entretien des pelouses autour des pistes (airside) sur la période 2008-2011. L’entreprise D. fixait son prix à 98 000 €, alors que Laurenty et Creton proposaient respectivement 62 000 € et 58 000 € pour des prestations de 7 mois par an (avril-octobre). Seule l’entreprise D. avait été convoquée pour un entretien. L’objectif était de la persuader de réduire son offre, ce que ses dirigeants n’ont accepté de faire qu’après que Liège Airport leur a montré les offres des deux autres entreprises. Finalement, ils ont réduit leur offre de 12 000 € pour arriver à 86 000 €. Ils ont remporté le marché.

Contactés par nos soins, les frères D. se défendent d’être favorisés par Liège Airport. Ils rappellent que quand ils ont repris le marché de l’airside en 2002, ils ont baissé le prix de 66,62 % par rapport à leur prédécesseur (Travelplant). Le prix annuel de ce dernier était de 272 683 € contre 91 027 € pour D.

Après la clôture de ce premier volet de l’enquête, les fins limiers de la police judiciaire se concentrent désormais sur les factures d’achats et les notes de frais des dirigeants de Liège Airport. Et ici, certaines dépenses qui n’ont pas suivi la procédure en vigueur au sein de la société interpellent les enquêteurs (absence de bons de commande).