Malmedy vit depuis six ans sans opposition: comment les partis de la majorité peuvent-ils se démarquer?
- Publié le 06-05-2018 à 17h37
- Mis à jour le 06-05-2018 à 17h43

A Malmedy, c'est le règne de l'unanimité. Les trois formations représentées au Conseil communal se retrouvent au sein du collège. Celui-ci est – quand même — un lieu de débats. "Cela n'a pas pour vocation d'être reconduit, estime le bourgmestre Jean-Paul Bastin (Alternative/CDH), mais ce sont les résultats des élections qui décident". En 2012, Alternative et EC-LB se sont trouvées à égalité de sièges (11 chacune), le PS+ n'en comptant qu'un seul.
"Cela fonctionne, mais avec ses limites, juge pour sa part l'échevin socialiste Ersel Kaynak, aux nombreuses compétences dont la jeunesse, l'industrie, le logement, les affaires sociales… Un moment donné, on bute parce que certains dossiers un peu sensibles restent sur le côté". Le député provincial MR André Denis, qui ne figure pas parmi les élus communaux mais mènera la liste EC-LB, est plus catégorique encore : "Je pense que cela ne fonctionne pas très bien. L'absence d'opposition fait que le Conseil communal perd sa raison d'être".
"La carte postale s'est améliorée" La commune ne souffre-t-elle pas d'un déficit d'emplois ? "Nous en avons plus qu'il y a de population active, répond Jean-Paul Bastin, tout en reconnaissant l'attraction salariale exercée par le grand-duché de Luxembourg tout proche. Pour André Denis, "on devrait créer des emplois un peu plus qualifiés que la moyenne des emplois qu'on trouve sur la commune. Il y a un déficit pour les jeunes qui ont fait certaines études". Ersel Kaynak se veut résolument optimiste, face notamment à l'important taux d'indépendants et de PME : "Les Malmédiens prennent des risques. Ils ne restent pas les bras croisés", mais quant à la transition en matière de nouvelles technologies, "on est peut-être encore un peu à la traîne".
Le commerce aussi se bat face à la concurrence d'Internet, à la crise du pouvoir d'achat, reconnaît Jean-Paul Bastin en soulignant les initiatives du collège en matière d'infrastructures. "La carte postale de la commune s'est améliorée". Pourtant, en laissant traîner ses oreilles dans les magasins, on y entend parler d'insécurité… "On n'a jamais eu des statistiques aussi positives, soutient au contraire le maïeur. Et on a mis sur pied un plan local de prévention spécial pour commerçants et indépendants". André Denis, quant à lui, ne félicite pas la majorité (l'unanimité plutôt) sortante au chapitre de la mobilité : "La situation ne s'est pas améliorée. Cela fait plusieurs années qu'on attend un rond-point à l'entrée du zoning industriel au Pont de Warche, avec une berne centrale qui irait en partie jusqu'au pont du chemin de fer qui est maintenant le Ravel". Et d'évoquer aussi les nombreuses places de parking qui ont disparu. "On est arrivé à une situation de saturation, confirme Ersel Kaynak. A terme, un parking de grande capacité à proximité immédiate de la ville devient indispensable". Il faudrait aussi, pour l'édile, inciter les propriétaires à regrouper les surfaces commerciales en vue de les agrandir. Et que le marché locatif s'adapte mieux.
Un tourisme de qualité Tourisme : trop ou pas assez ? En matière de gîtes, de meublés, de campings, d'hôtels dans une moindre mesure…, la cité du cwarmê arrive dans le peloton de tête de la province après Liège et Spa. "On veut un tourisme de qualité, pas un tourisme de hordes avec des nuisances et des tapages, précise Jean-Paul Bastin. Les gens viennent chercher chez nous le calme, la quiétude, les promenades et aussi un joli centre-ville". André Denis, qui est voisin d'un gîte d'une trentaine de personnes, plaide en connaissance de cause pour qu'on aille "vers des gîtes plus qualitatifs" ! En outre, la commune devrait aider ceux qui mettent en place des activités pour les touristes en cas d'intempéries. Bien sûr, il y a déjà le Malmundarium dont la fréquentation évolue entre 10 et 15 000 visiteurs par an… mais qui n'a pas les moyens de l'ex-abbaye de Stavelot gérée par la Région.
A quelques nuances près, on le voit, les mandataires de la commune ne s'affrontent guère. Ne pouvant être les candidats du changement, ils doivent l'être du bilan.
Les fantômes du passé
Poil à gratter Un Bastin et des Denis dans la même majorité, qui l'aurait cru en 2006 ? Le premier évinçait alors Robert Denis, père d'André, avec Forces Vives et le PS. En cours de mandature, via la procédure de la méfiance constructive – une première –, Jean-Paul Bastin était débarqué à son tour par Forces Vives et Entente communale (EC) présidée désormais par André Denis, fils de Robert. L'unanimité actuelle est née de cette période troublée. Le grand accord de 2012 procède de l'arithmétique électorale, certes, mais aussi de l'aspiration à retrouver de la stabilité.
A-t-on pour autant réussi à passer l'éponge sur ces blessures du proche passé ? "La nature humaine est ainsi fa ite qu'on n'oublie rien, répond Jean-Paul Bastin, mais on ne vit pas dans le passé. Même si on est des adversaires parfois féroces les uns envers les autres, on a aussi la responsabilité de gérer une ville et on le fait avec une arithmétique qui s'impose à nous. Ce ne fut pas rose tous les jours pendant six ans, mais je suis fier globalement du résultat qui est là… Nous avons apporté un souffle dans la commune".
Au prochain scrutin, André Denis et Ersen Kaynak seront tête de liste respectivement d'EC-LB et du PS +. A Alternative, la désignation n'a pas encore eu lieu. "Notre équipe est cohérente, plaide André Denis. Elle est composée du MR local, avec des personnes qui ne sont pas étiquetées politiquement mais ont le souhait de faire avancer leur commune". La coalition future ? "Si nous ne sommes pas la première force politique de la commune, nous n'entrerons pas dans un collège communal".
Ersen Kaynak, seul élu de son parti, en connaît certes les limites. "On n'est pas favori, on est outsider, mais on a un rôle important. On a prouvé qu'on peut apporter une plus-value en défendant un projet socialiste, sans nous cacher derrière un nom à consonance locale".
Les déclarations rapportées dans cet article ont été recueillies au cours de l'émission "Le débat politique", réalisée jeudi dernier en partenariat par RCF Liège et La Libre Belgique/Gazette de Liége.
RCF Liège se reçoit sur 93.8 FM en région liégeoise. L'émission peut être écoutée ou podcastée sur http://rcf.be/liege-cat/rcf-liege-la-libre-le-debat-politique.
Jeudi 10 mai à 18h15 : Waremme.
