Gazette de Liége Installée sur le plateau de Herve, elle vient de s’établir en coopérative.

Prenant racines sur le plateau de Herve, la filière laitière durable et équitable "Marguerite Happy Cow" réunit des agriculteurs et transformateurs qui entendent produire un lait de qualité différenciée pour le transformer en fromages vendus localement. Ses vaches sont nourries à l’herbe, pâturent dans les prés et offrent aux agriculteurs un revenu plus équitable. De quoi faire de Marguerite une vache comblée.

Au début du mois, à l’occasion de la Foire agricole de Battice, cette récente filière était portée sur les fonts baptismaux, annonçant sa mutation en coopérative. L’idée de sa création remonte à la première crise laitière en 2009. "A cette époque, l’agriculture était à un tournant et pour s’en sortir, elle devait devenir plus grosse et intensive avec pour conséquence des vaches qui pâturent de moins en moins. Car au-delà de cent vaches, il est impossible de les faire sortir tous les jours, explique Jean-Marc Cabay, directeur de Herve-Société et administrateur de la coopérative. Cela, nous n’étions pas habitués dans le pays de Herve qui est une région agricole très herbagère", de sorte que "si les vaches ne pâturent plus, on perd ce lien entre le produit et son territoire".

C’est alors qu’en 2010, le directeur de la célèbre fromagerie décide de déposer un projet de recherche - en s’associant avec le centre de recherche agronomique de Gembloux - pour développer une filière durable, qui sera validée par la Région wallonne dans le cadre du plan Marshall 2.Vert. "Nous souhaitions faire un fromage de qualité fabriqué avec du lait spécifique produit par des agriculteurs locaux. On a donc travaillé à mettre au point une alimentation qui soit optimale pour les vaches", à savoir une alimentation à base essentiellement d’herbe, première source en protéines et matière grasse, ajoutée de fourrages et de compléments alimentaires fournis par un meunier (SCAR).

Après quatre ans de recherche, la filière dénommée "Marguerite Happy Cow" est lancée en 2015 avec deux agriculteurs de la région. "Ils ont dû changer de laiterie, revoir leur façon de faire et adapter leur exploitation. Ça n’a pas été simple dès le départ", confie-t-il.

La filière, qui s’est étendue depuis, compte aujourd’hui neuf agriculteurs, un meunier (SCAR) et deux fromageries (Herve-Société et Régal). En tout, 600 vaches permettent de produire près de 4 millions de litres par an qui sont transformés en diverses variétés de fromages locaux, notamment en fromage de Herve AOP. Les produits sont reconnaissables par une étiquette au nom de la filière.

Une économie collaborative

La filière comprend un cahier des charges garantissant le caractère durable et local des produits. Celui-ci spécifie notamment que les vaches (quatre par hectare) doivent pâturer au minimum 180 jours par an, que leur alimentation est basée à 60 % d’herbe et le reste de fourrage (provenant d’un rayon de 30 km) et de compléments alimentaires garantis sans OGM, sans oublier la garantie d’un prix juste pour les agriculteurs. Les agriculteurs bénéficient entre autres d’une prime variable, dont le montant est majoré en cas de faiblesse des prix du lait. "Nous défendons un modèle d’agriculture familiale où la qualité prime sur la quantité", résume Jean-Marc Cabay.

La jeune coopérative nourrit désormais le projet de produire et commercialiser d’ici un an du lait frais en bouteilles d’un litre. Un projet qui nécessitera d’investir dans des moyens de production et de conditionnement. Pour soutenir et aider la coopérative à se développer, les consommateurs ont la possibilité de souscrire des parts de coopérateurs de 150 euros sur son site : www.margueritehappycow.be.

A noter qu’à l’avenir, la coopérative espère susciter l’envie chez d’autres agriculteurs et transformateurs de rejoindre cette démarche. "Le modèle peut se dupliquer dans d’autres régions herbagères à condition que le cahier des charges soit respecté", souligne le patron de Herve-Société. "Il faut aussi que l’agriculteur soit proche du transformateur pour assurer ce caractère de production local". Dans les mois prochains, de nouveaux agriculteurs du plateau de Herve rejoindront la coopérative qui reçoit déjà plusieurs demandes d’adhésion.