Gazette de Liége

Selon Marshall Rosenberg, le monde est peuplé de chacals et de girafes. Les uns critiquent, jugent et se heurtent au conflit. Les autres, adeptes de la communication non violente (CNV), ignorent les remarques et décèlent la sensibilité sous l'agressivité des chacals.

La girafe, l'animal au plus grand coeur, est également le symbole choisi par la jeune asbl verviétoise Girasol convertie à la CNV, à l'initiative de la venue de Rosenberg jeudi dernier au Palais des Congrès. Le «maître» a exposé sa douce théorie devant 1000 personnes, adeptes ou découvreurs du concept.

Présenté par Thomas d'Ansembourg («Cessez d'être gentil, soyez vrai!»), «sauvé des eaux par Marshall», le psychologue américain a titillé le public, par des exercices pratiques et des récits d'anecdotes. Comment, dans des camps de réfugiés au Moyen-Orient, il a su nouer le dialogue. Dans les «écoles girafe» qu'il a créées, il a fait table rase des punitions, récompenses et évaluations. Dans bien des prisons, il a usé de justice réparatrice plutôt que punitive.

Objectif de la conférence: apprendre à éradiquer de notre comportement les critiques, les punitions, les récompenses, la culpabilité et le langage du «je n'avais pas le choix». A remplacer par «la prise de responsabilité de ses sentiments et la formulation de demandes et non d'exigences, dans un langage positif» assène Rosenberg, traduit dans une sorte d'écho martelant.

Ainsi, ne dites plus: «Tu ne m'écoutes jamais!», dites: «Lorsque je parle, pourrais-tu avoir l'élan d'attendre que j'aie fini avant de prendre la parole à ton tour pour répondre ainsi à mon besoin d'expression?» Tordu? «C'est l'exercice à fournir pour ne plus parler la langue des chacals» répond-il, imitant les deux animaux à l'aide de marionnettes. Et le public de rire, d'opiner, de réfléchir profondément.

A entendre la formule magique, on aurait presque envie que Rosenberg s'installe à Liège afin de faire profiter certains secteurs plutôt «chauds» en ce moment des vertus de la communication non violente...

Mais, comme l'a souligné Olivier Hamal, député permanent MR, «si l'expression peut éviter certains conflits, cette conférence apparaît un peu comme un prêche de secte. Et je doute que ces théories soient facilement applicables...» La mélodie enjouée grattée à la guitare par le conférencier en fin de soirée achève le tableau. Marshall Rosenberg, nouveau gourou ou gentil utopiste?

© La Libre Belgique 2005