Gazette de Liége Histoire de chez nous L’héroïsme malgré l’impréparation.  Chronique. 

C’est encore une excellente idée que vient d’avoir l’ancien journaliste Louis Maraite, aujourd’hui directeur de la communication du CHU de Liège. Il vient de publier, à compte d’auteur, un livre très bien documenté sur le rôle des médecins, infirmiers, brancardiers dans la bataille de Liège en août 1914 1.

L’impréparation belge

Dans un premier chapitre, l’auteur traite des avancées de la médecine, notamment de la chirurgie, engendrées par la guerre. Le deuxième chapitre est consacré à l’impréparation belge face à la "machine allemande". Il souligne notamment la faiblesse des moyens de la Croix-Rouge et la manière dont la reine Elisabeth, face à l’inorganisation belge des secours, avait pris les choses en main. L’auteur, qui a pris des contacts avec des spécialistes allemands, détaille aussi la sophistication des services de santé militaire de l’armée allemande.

Dans le troisième chapitre, Louis Maraite aborde ce qu’il appelle "l’esprit liégeois à la rescousse". On y découvre la vie dans les hôpitaux liégeois et dans les "ambulances" ouvertes chez des particuliers. Il évoque aussi un petit livre édité en 1919 par les grands magasins Au Bon Marché, Vaxelaire-Claes, Bruxelles-Anvers-Liège et Bruges. Le livre "Raconte la Guerre" était signé par le Liégeois Robert Vivier avec des gravures de l’artiste bruxellois James Thiriart dont une remarquable intitulée "Le dernier défenseur".

Religieuses et laïques

Ce sont surtout des religieuses qui étaient infirmières hospitalières et l’arrivée d’infirmières laïques ne fut pas toujours bien accueillie. Ainsi, il fallut l’intervention de l’archevêque de Malines pour que le docteur Depage, considéré comme un antéchrist par les religieuses parce qu’on lui devait des infirmières laïques, puisse prodiguer des soins dans un l’hôpital d’Ypres. Il fut stupéfait de se voir suivi d’une religieuse armée d’un seau et d’un goupillon qui aspergeait d’eau bénite le sol sur lequel il posait les pieds !

Les brancardiers ont aussi leur part de reconnaissance pour leurs activités et notamment le père Henri de Groote et l’instituteur Amédée Gilkinet. En sortant de sa cellule le 16 juin à 4h10 du matin pour rejoindre le peloton d’exécution, il faisait très frais. Il retourna chercher son pardessus : "Il ne faudrait pas, dit-il, que j’attrape une pneumonie avant de mourir".

Louis Maraite se fait aussi plaisir en évoquant ses recherches généalogiques sur son grand-père paternel Nikolaus Maraite, né dans les cantons de l’Est (les cantons rédimés, disait-on naguère) et qui avait donc combattu (il avait même perdu une jambe à la bataille de la Somme) dans l’armée allemande. Il se souvient des fêtes de Toussaint de son enfance avec la procession du jour des morts dans le cimetière, quand le curé bénissait toutes les tombes, sauf… celle du grand-père Maraite !


1 "Le rôle des médecins/infirmiers/brancardiers dans la bataille de Liège", Louis Maraite, 179 pp., 10 euros.