Gazette de Liége

Quand l’art côtoie la science. Quoi d’autre en effet que cette faculté d’imagination éclairant les visages de cinquante chercheurs rassemblés hier à l’Institut Montefiore ? Ils tentaient d’appréhender les fabuleuses possibilités de calcul de la bête. Seule la poésie vient en aide en ces moments.

Elle a comme nom Nic3, "Numerically intensive computing". Elle succède à Nic1, "en fin de vie", constate le professeur Jean-Marie Beckers. Elle loge près de Nic2, installée en 2005 et toujours opérationnelle, mais elle est dix fois plus puissante. De 144 processeurs à 1300, pour 162 serveurs. Et pour 800000 euros, outre 600000 euros d’adaptation des locaux : alimentation électrique, climatisation et maintenance.

D’ici 4 ans, déjà la saturation. Va pour Nic4 en 2011, un Nic3 "gonflé" qui décuplera encore les performances, pour 350000 euros de plus. Qui paie ? Quasiment pour moitié, le Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) et l’Université. À ce prix-là, fini la solitude.

Bien que les dépassant tous, Nic3 se reliera à ses homologues de l’UCL, de l’ULB, des Facultés de Namur et de l’Université de Mons-Hainaut (UMH) : mise à disposition en cas de sous-utilisation, politique d’achats et de formation, échanges d’expériences. Rassemblés en grappe, Nic3 et ses frères entreront ensemble dans le prestigieux "top 500" des machines les plus performantes du monde. Où ils retrouveront l’Université de Gand.

Avaleur de logiciels

Car le gouvernement flamand a pris de l’avance, avec financement programmé - une première mise de 7 millions d’euros, puis 5 millions par an ! -, sous l’égide du Vlaams Supercomputer Centrum.

Pour accéder à plus de crédits fédéraux et européens, les universités francophones doivent s’interconnecter et, dans un second temps, monter un "consortium ouvert" avec la Flandre. Il y a encore du chemin avant de rejoindre Cambridge University, en Angleterre, seule en Europe dans le "top 20".

Mais Nic3, à quoi sert-il ? C’est un outil de modélisation par simulation numérique, évitant l’expérimentation et le labo. Il digère des logiciels de tous genres : propriétés des matériaux, assemblage de molécules, étude de protéines, écosystèmes, climatologie, etc. Diminuer le coût de la recherche et raccourcir les délais d’applications, en physique et électricité, chimie, génétique ou environnement.

Tout ça dans trois armoires électriques. Rien à voir avec les gigantesques "cerveaux électroniques" à bobines, chers à la science-fiction des années 70. C’est cela aussi la poésie de la science : imaginer l’indicible.