Gazette de Liége

REPORTAGE

Pas très loin de la gare du village de Remicourt, au coeur de la Hesbaye, précisément dans la rue Jules Mélotte, un gigantesque bâtiment rose pâle à l'architecture 1900 témoigne du prestigieux passé du lieu. Prestigieux passé qui a survécu puisque l'édifice loge toujours les entrepôts de production et une partie de la gestion de l'entreprise plus que centenaire Gascoigne-Mélotte, anciennement Mélotte, du nom de l'ingénieux inventeur remicourtois qui créa, au début du 20e siècle, l'objet de convoitise de tous les fermiers avertis d'ici et d'ailleurs : l'écrémeuse à bol suspendu dont le monde agricole avait alors grand besoin.

Un succès rapide

«L'écrémeuse a fait le succès de l'entreprise Mélotte. Toutes les fermes en disposaient et ce partout en Europe» raconte Jean-Pierre Bilquin, actuel responsable de la production sur le site de Remicourt et employé chez Gascoigne-Mélotte depuis 1988. «Mais après la seconde guerre mondiale, les écrémeuses ont eu tendance à disparaître, il fallait trouver d'autres produits. Ce fut la machine à traire via l'automatisation de la traite des bovins» poursuit-il. Créée en 1852 par Jules Mélotte, l'entreprise hesbignonne qui célèbre cette année ses 150 ans d'existence a effectivement connu la fortune grâce à la vente de son produit miracle, l'écrémeuse vendue à l'époque par dizaines de milliers d'exemplaires partout dans le monde.

Leader incontesté dans le secteur agricole pendant de longues années, Gascoigne-Mélotte maintient sa place encore aujourd'hui avec ses machines à traire électroniques modernes et totalement automatisées. - l'entreprise oscille en permanence entre la 2e et la 3e place sur la scène européenne.

A la mort de Jules Mélotte en 1919, c'est son frère Alfred qui reprend les rênes de l'affaire qui passera au fil des ans entre les mains d'investisseurs anglais puis néerlandais, d'ailleurs actuels actionnaires principaux. «1200 ouvriers et employés travaillaient ici à Remicourt jusque dans les années 60, embraye J.-P.Bilquin, ils ne sont plus que 45 employés et 30 ouvriers à la production. Cela représente 80 pc d'un travail de transformation de tôles en acier inoxydable pour en faire des produits finis et à 20 pc de la fonte de matériaux». Mélotte produit actuellement pour l'essentiel des salles de traite et des robots-trayeurs.

Exporter en Asie

Autrefois, le site de Remicourt était un lieu de production, de transformation et de distribution. Le centre de distribution et tout le secteur de la robotique se situent désormais à Everghem (Gand). Et le Centre des études et de la Recherche en robotique aux Pays-Bas.

«Mélotte est devenue une araignée aux ramifications multiples» poursuit-il, soutenu par Jan Derluyn, Directeur général du site de Remicourt. «Des sociétés soeurs ont vu le jour partout en Europe. C'est dans ces entrepôts étrangers que les machines sont complétées et montées. Mais il n'existe qu'un seul centre de production des pièces, à Remicourt et à Everghem (robotique)».

Droit devant...

L'entreprise du petit Mélotte a fait son chemin. Aujourd'hui, le groupe et ses filiales européennes emploient 750 membres de personnel et se partagent le gâteau de l'exportation.

«Mélotte France, le bassin méditerranéen, Remicourt, le Benelux, l'Allemagne s'occupe de l'Asie,...» En 2002, l'unité de Remicourt comptabilisait un chiffre d'affaires de 14 millions d'euros. Mélotte détient environ 25 pc du marché européen des machines à traire; le coût moyen d'une salle de traite s'élève entre 123946 euros et 148736 euros. «Le contrôle immédiat est primordial: des germes lactiques au taux de graisse, à la courbe de lactation,... mais aussi l'adoption des manchons aux mamelles des différentes races de vaches. Il existe un panel assez large de machines à traire», conclut le responsable de la production.

En 150 ans, Mélotte n'a cessé d'être en perpétuelle quête de nouveauté en faveur d'une meilleure rentabilité du travail des fermiers, de la rapidité de la traite à la qualité contrôlée par le biais de machines ultra performantes - certains mécanismes permettent la traite de 100 vaches à l'heure. Et ce, sans jamais négliger pour autant le bien-être de la vache à lait, celle-là même qui fit son succès.

© La Libre Belgique 2003