Gazette de Liége

Difficile de ne pas apercevoir le bronze monumental de Gilles Falisse, baptisé "Rolling Stones Jump", installé depuis une dizaine de jours à l’extrémité du boulevard Piercot. L’œuvre a servi d’avant-coureur à la septième édition de la biennale Mobil’Art, organisée dans l’espace Prémontrés tout proche et dont le vernissage a eu lieu vendredi soir.

Né en 2003, l’événement a gagné en ampleur avec le temps. Il constitue aujourd’hui le plus grand regroupement de créations contemporaines qu’il soit donné à voir, et éventuellement à acquérir, en terres liégeoises. Par surcroît, il ne s’agit pas ici d’art pour l’art mais pour la bonne cause : en l’occurrence celle des patients du Centre de neurologie et de réadaptation fonctionnelle (CNRF) de Fraiture-en-Condroz.

Une vitrine contemporaine

Au compteur de la cuvée 2015, quelque 300 œuvres exposées, dues à 63 artistes confirmés ou en herbe. Et il y a une réserve si nécessaire… "Nous avons toujours plus de postulants, nous dit Benoît Maertens, président de l’ASBL Solidarité Fraiture. Et puis, notre comité artistique a aussi ses coups de cœurs et il fait des invitations. On veille à renouveler. La moitié des artistes étaient présents à l’édition précédente et l’autre moitié sont des nouveaux. Cela devient une vitrine de l’art contemporain". Les peintres, sculpteurs, graveurs… proviennent des quatre coins de la Belgique et aussi de l’étranger, essentiellement de France ("parce qu’on n’a pas traduit notre site en anglais").

Le résultat est en tout cas des plus diversifiés. Des sculptures de Mady Andrien ancrées dans la quotidienneté aux tableaux oniriques de Wado en passant par les huiles abstraites d’Hervé Borbé, les horizons vendéens et atlantiques de Dominique Collignon, les métaux architecturaux de Jo Dilo, les choux presque "déco" et classiques de Pascal Motte dit Falisse, les acryliques de paysages en léthargie de Michel Fouat, les paradis d’enfance multitechniques de Béatrice Graas, les captures d’ambiances et de mouvements de Colettre Grisard, les encres de Chine polymorphes de Jemmy Lamar, les abstractions violentes et colorées de Sophie Pâque, les gouaches d’influence street art de Kevin Stix Lazzari, les disques et spirales d’Isabelle Visse… On en passe, bien sûr ! "Impossible de ne pas trouver ici quelque chose à son goût", assure le commissaire de l’exposition Alain Bronckart. Inversement, on ne peut pas tout aimer !

Mais l’initiative ne fait-elle pas ombre aux galeries ? Nullement, répond Benoît Maertens : "Nous sommes plutôt un vecteur pour l’art contemporain. Des gens sensibilisés à la cause de la sclérose en plaques viennent ici alors qu’ils n’iraient pas visiter une galerie". Pour la sélection, les piliers du comité sont, outre Alain Bronckart, Lucien Ramacciotti, critique d’art et aussi artiste exposant.

L’enjeu de l’accès aux soins

En règle générale, c’est la moitié du revenu des ventes d’œuvres qui revient au Centre de Fraiture et à sa prise en charge multidisciplinaire des patients présentant une sclérose en plaques (une personne sur 1000 en Belgique) ou une affection apparentée. Il s’agit de permettre de faire face aux dépenses non couvertes par l’Inami en ce qui concerne l’accès aux soins des handicapés jugés "non lourds". "Avec l’Inami, c’est tout ou rien, déplore le président de l’association. Et cela ne changera jamais. Il n’est pas normal que quelqu’un qui habite route du Condroz accède facilement à Fraiture alors qu’il ne saura pas le faire, pour des raisons financières, s’il habite à Marche ou à Namur". À quelque chose, malheur est bon : les carences de notre sécurité sociale en matière de frais de déplacement ont suscité la naissance d’un rendez-vous culturel qui vaut… le déplacement .

En 2013, Mobil’Art avait attiré quelque 5000 visiteurs et engrangé un bénéfice net de 35 000 euros.