Gazette de Liége

En 1979, un étudiant de l'école de Tourisme de la Ville de Liège consacrait son travail de fin d'étude à un itinéraire touristique sur les traces de Notger. Travail publié dans le périodique mensuel La Vie liégeoise («En touriste à Liège sur les traces de Notger» - Pierre Coenegrachts - Novembre 1979). Alerté par un article de «La Gazette de Liége», l'auteur publiait la photo de la statue de Notger qui, après avoir été, depuis 1891, installée dans le cloître de l'église Saint-Jean, était reléguée dans un petit enclos au pied d'un des murs de l'église Saint-Remacle, à Amercoeur.

Notger y est représenté, montrant du doigt une reproduction de la collégiale Saint-Jean avec, à ses pieds, l'inscription: HIC REQUIES MEA (Ici est mon repos). Et Pierre Coenegrachts concluait: «Le premier prince-évêque de Liège ne pouvait certainement avoir de meilleure place que celle qu'il s'était lui-même choisie. Les fêtes du millénaire seraient une excellente occasion pour... rendre à Notger ce qui était à Notger!»

Mais c'est toujours de son lieu d'exil, que Notger a pu suivre les fêtes du millénaire de sa principauté. Le millénaire de la principauté a été fixé à 980, précisément parce que c'est à partir de cette date que, grâce aux privilèges accordés par l'empereur Otton II à Notger, l'évêque de Liège devenait pratiquement un prince territorial. Il n'en porte pas encore le titre qui viendra plus tard, tout naturellement, confirmer ce pouvoir.

Malgré des articles et des mentions dans des ouvrages où, de temps à autre, l'état d'abandon de la statue est stigmatisé, rien n'a changé, si ce n'est la dégradation qui empire. Il y a belle lurette que Notger a perdu, notamment, la main gauche et sa crosse mais aussi l'index pointant sur la maquette de l'église qui, elle, a perdu son clocher.

Mais voici que dans la dernière livraison du bulletin du Vieux-Liège (1), un article de Pierre Colman fait le point sur la situation avec vigueur et précision. Le professeur y rappelle que la statue due aux sculpteurs H.Rixkens & fils (aujourd'hui bien oubliés), a été érigée en 1891, dans le cloître de Saint-Jean, à l'initiative du curé Auguste Meyer. On ne connaît plus ni les raisons ni la date exacte du bannissement de Notger de ce cloître. Ce serait, semble-t-il, parce que l'état de la statue ne lui permettait plus de figurer au centre du cloître qu'elle aurait été écartée. Pourtant, «le coût du transfert a fort probablement dépassé celui d'une restauration», dit fort justement Pierre Colman qui voit cependant poindre une lueur d'espoir.

A l'initiative des guides bénévoles de Saint-Jean, sous la responsabilité du docteur Oury, le Conseil de fabrique de Saint-Jean envisagerait de faire restaurer le monument et de le ramener à la place qu'il n'aurait jamais dû quitter. Le Conseil de fabrique de Saint-Remacle a marqué son accord pour se séparer de Notger pour autant qu'on lui offre une autre statue. A Saint-Jean, on est d'accord pour échanger Notger contre une statue de la Vierge. Notger pourrait même retrouver sa place pour le millénaire de sa mort en 2008. Le devis de la restauration et du transport (l'emploi d'une grue est impossible dans le cloître, il faut donc prévoir une sorte d'échafaudage sur roulettes) s'élèverait à 8000 euros. Aucune subsidiation de la Région wallonne ne sera accordée. Si encore il avait été question de saint Christophe, patron des automobilistes, on aurait pu glisser ce budget dans le contrat du Grand prix de Francorchamps. Après tout, que sont 8000 euros sur les dizaines de millions prévus. Mais voilà ce n'est que Notger!

(1) Bulletin du Vieux Liège: site Internet www.vieuxliege.be- courriel: vieuxliege@vieuxliege.be- ou Fabrice Muller, rue Wiertz, 37b, 4000 Liège - tél.-fax: 04.225.14.54.

© La Libre Belgique 2005