Gazette de Liége

Issu d’une lignée de commerçants et commerçant lui-même, Henri Jamin témoigne dans ses carnets de guerre inédits de la vie à Liège durant les années 1914-1918.

Octobre 1917 - la vie (suite) Tous les ménages qui ont les moyens ont fait provision de légumes, œufs, fruits, marmelade, confitures. Ces jours-ci, c’était la préparation de choucroute qui dominait. Il est à espérer que toutes ces mesures de prévoyance jointes à un ravitaillement plus généreux (dit-on) et plus varié feront que l’hiver sera moins dur à traverser que le dernier.

On ne se fait plus d’illusion sur la paix avant l’hiver. Les nouvelles les plus optimistes n’ont plus de créance, le public est blasé sur ces nouvelles; il se résigne, devient indifférent à toutes les nouvelles militaires, même favorables. Il attend la paix d’où qu’elle vienne et quelle qu’elle soit; l’impression est qu’on en a assez. La vie chère, la rareté de beaucoup de denrées, l’incertitude de l’issue du conflit, la crainte d’une situation plus pénible encore, les restrictions et réglementations de toutes sortes prises par l’occupant font qu’on en est arrivé à désirer la fin !

Le commerce chez nous au gros est nul, à part de loin en loin une petite affaire. Au détail, cela a fort diminué; on vend cependant tous les jours : brosses de guerre, articles de ménage, torchons de guerre, des pâtes, savons, etc. Peu de couleurs et vernis; la colle est très recherchée; elle se vend de 18 à 20 fr le kg. On construit un nouveau hangar dans la cour, nous faisons des aménagements de menuiserie à l’intérieur.

13 octobre Les garçons rentrent de St Trond; ils sont joyeux et bien portants. Miette revient aussi, on passe quelques jours heureux en famille. Les garçons retournent le mardi 16. Miette est enrhumée, nous la gardons jusqu’à jeudi 18.

7 au 31 octobre Nous sommes allés voir les enfants à St Trond; nous nous sommes bien plu, il a fait magnifique. Les enfants étaient très contents de nous voir. Les achats pour le détail sont difficiles et les marchandises à des prix abominables. Malgré cela, il faut acheter car on trouve à revendre quand même avec des bénéfices. Le public ne discute plus et en est arrivé à dépenser facilement; il est habitué à des prix élevés pour tous les articles. Au gros, nous avons très peu à faire. Le bicarbonate de soude servant de levure est devenu intéressant.