Gazette de Liége Des trésors d’archives sur les ponts, les canaux, le tramway de Liège…

Les toutes récentes Journées du patrimoine en Région wallonne ont attiré l’attention sur nos voies d’eau, de terre et de fer. Elles trouvent leur prolongement dans un ouvrage publié à cette occasion par deux historiens attachés aux Archives générales du royaume (AGR), Joffrey Liénart et Bernard Wilkin (1).

Originalité de l’ouvrage : il envisage le sujet sous tous les angles, non seulement technique et économique, mais aussi militaire, culturel, sociétal, sans oublier la rubrique des faits divers (catastrophes, criminalités). Les illustrations, abondantes, sont en grande partie inédites. C’est que les auteurs ont profité d’un riche gisement de sources écrites - et dessinées - récemment découvert. "Il s’agit de plus de 300 mètres d’archives des Ponts et Chaussées qui avaient disparu, nous dit Bernard Wilkin. Une équipe des AGR les a retrouvées à Seneffe dans un bâtiment qui allait être détruit. Les dossiers remontent jusqu’à l’époque française. Plusieurs inventaires sont en préparation".

57 millions de voyageurs en 1929

Les chapitres liégeois de l’étude ont trait aux ponts et à leur rôle en Cité ardente, au canal Albert et à la prise du fort d’Eben Emael (1940), au projet pharaonique et avorté du canal Meuse-Moselle sous le régime hollandais, au tramway de Liège d’hier à demain ainsi qu’aux pirates de l’Ourthe et de la Meuse et à d’autres bandits de grand chemin, parmi lesquels les célèbres Magonette et Gêna, guillotinés en 1821 devant l’actuel Théâtre royal (2).

La catastrophe du pont du Val-Benoît en 1939 fait également l’objet d’un chapitre. Un épisode que beaucoup ont préféré oublier… "Il y avait un pont de chemin de fer nouveau doté d’une structure métallique, rappelle Bernard Wilkin. Dans la crainte d’une invasion allemande, on a posé des charges de dynamite pour le faire sauter si nécessaire. La foudre est tombée sur le pont et comme il était métallique, l’électricité a fait sauter la charge au moment où un train de passagers s’engageait. Il y a eu quinze morts, des blessés, des dégâts aux maisons environnantes... Une péniche a même été projetée hors de la Meuse. Le pont d’Ougrée a subi le même sort au même moment, avec sept morts". Du coup, de nouvelles procédures ont été édictées en matière de dynamitage des ponts… avec pour résultat que beaucoup de structures ne purent être détruites en mai 1940, les règles étant devenues trop complexes.

A l’heure où le retour du tram à Liège est programmé pour 2022 (en principe), les archives relatives au transport urbain et au vicinal présentent un intérêt tout particulier. Les plans d’aubettes ou d’abris pour Liège ou pour Spa, réalisés ou non, sortent parfois d’un vrai crayon d’artiste. En 1929, le nombre de voyageurs des "Tramways communaux liégeois" atteignait les 57 millions. C’était alors "un moyen de transport essentiel à la ville", écrivent les historiens. Le redeviendra-t-il ?


(1) "Voies d’eau, de terre et de fer. A la rencontre du patrimoine de Wallonie", SPW Editions (Etudes et Documents, Monuments et Sites, 15), 148 pp., 18 euros.

(2) Le crâne du premier a été retrouvé par les auteurs à l’institut d’anatomie de l’Université de Liège (LLB-Gazette de Liége, 30/5/2017).