Gazette de Liége

Les fonctionnaires liégeois de l’administration des Finances sont déprimés. Non, il ne s’agit pas d’un passage à vide lié à leur faible popularité auprès des contribuables, mais plutôt à ce qu’ils perçoivent comme un manque de mobilité entre les services centraux situés à Bruxelles et les directions régionales en province de Liège. De nombreux agents de l’Etat travaillant aux Finances n’attendraient qu’une seule chose : le retour à Liège (sans jeu de mots). Mais, voilà, les postes disponibles dans les services de notre région seraient occupés par des contractuels engagés en nombre par le Ministre des Finances, le très liégeois Didier Reynders.

Parmi ces statutaires nostalgiques des rives mosanes et des forets de Haute Ardenne, nous avons notamment interrogé Pierre (prénom d’emprunt), fonctionnaire de niveau A (universitaire) dans l’administration centrale des Finances, à Bruxelles donc. "Mes espoirs de rentrer en province sont minces La raison ? Des contractuels sont engagés par le cabinet des Finances par copinage ou clientélisme politique, pour faire plaisir à des Liégeois. Les postes permettant aux statutaires de revenir à Liège un jour grâce à la mobilité sont donc peu nombreux explique-t-il. Avant Reynders, les gens restaient 2 ans maximum à Bruxelles puis pouvaient revenir en région liégeoise. Certains y arrivent encore mais ils sont très peu. Les syndicats n’agissent pas vraiment car ils ne veulent pas s’en prendre aux contractuels engagés comme cela car ces derniers font aussi partie de leurs affiliés ".

Pas de chiffres

Et les syndicats justement ? Quel est leur point de vue sur cette situation étrange ? Pour Francis Sacré, chargé de communication de l’UNSP (Union nationale des Services publics), syndicat défendant les agents de l’Etat et des entreprises publiques, "la difficulté de bénéficier d’une mobilité vers Liège est en effet une question que soulèvent souvent nos affiliés au niveau du SPF Finances. C’est vrai qu’il y a prépondérance d’engagement de contractuels au détriment des statutaires mais je ne peux pas vous en apporter la preuve formelle : j’ai envoyé un courrier au cabinet des Finances il y a un an pour réclamer des statistiques mais je n’ai reçu aucune réponse Il faut dire tout de même que le recrutement de statutaires est difficile et qu’il faut donc engager des contractuels pour compenser. Mais, puisque ces statistiques ne nous sont pas fournies, cette absence de transparence jette un sérieux doute Il y a manifestement un malaise de la part du cabinet à ce niveau ! À mon avis, on n’aura pas de chiffres avant les élections de juin ".

Michel Legrand, le président du GERFA (groupe d’étude et de réforme de la fonction administrative) est assez pessimiste face à ces légèretés supposées. Selon lui, " il y a une dérive globale du système d’engagement contractuel, et c’est comme ça dans tous les cabinets ministériels. Le but : contourner les règles de recrutement objectives. Engager un contractuel a trois effets pervers : (1) cela permet la politisation intensive; (2) on ne vérifie pas les compétences des personnes engagées; (3) les contractuels bloquent un poste pour les statutaires travaillant à Bruxelles".

Pour Michel Legrand, le cas des services des Finances en province de Liège n’est pas exceptionnel : "les ministres en Belgique estiment qu’ils ont un droit à engager une certaine masse de contractuels. Et cela est lié à des vues clientélistes bien entendu. Actuellement, l’administration fédérale est composée de 25 à 30 pc de contractuels ".

Contacté hier au sujet de ces allégations, le cabinet de Didier Reynders se borne à rappeler que les contractuels sont engagés pour pallier les absences locales des statutaires et que cela ne peut en rien nuire aux possibilités de mutation des fonctionnaires travaillant à Bruxelles.

Toutefois, de multiples sources nous confirment à ce sujet que de nombreux contractuels liégeois ont bien été engagés en contrat à durée indéterminée. Affaire à suivre