Gazette de Liége

J’aime le côté esthétique des images mais je fais du cinéma viscéral. C’est très important à notre époque où l’atmosphère ambiante est aseptisée. Je suis un cinéaste libre et indépendant."

Le ton est donné. Karim Ouelhaj, 37 ans, Liégeois, réalise des films chocs, sans concession, abordant des thématiques fortes (la drogue, la violence, la prostitution ). Ce réalisateur a à son actif 35 films dont des longs et courts-métrages, des clips vidéo pour des musiciens belges et un film musical expérimental autour du groupe liégeois Frank Shinobi. "Si j’ai choisi de faire du cinéma, c’est parce que c’est la seule façon que j’ai trouvée pour être en accord avec moi-même", dit-il.

"Parabola", son premier long, réalisé en 2005, a été filmé sans autorisation dans les rues de Liège avec un budget de 750 euros et une équipe de seulement trois personnes. "Je suis un autodidacte et, faute de moyens financiers, je dois tout faire moi-même, ou presque", explique-t-il. Il n’empêche, le film fut présenté dans une sélection parallèle du prestigieux festival de Venise et distribué par Cinéart. A la vision de "Parabola", on se prend un coup de poing dans le ventre. Âmes sensibles s’abstenir.

Les influences cinématographiques de Karim Ouelhaj en disent long : Oliver Stone, Gaspard Noé, David Cronenberg, Paul Thomas Anderson ou Abel Ferrara, des artistes de l’extrême, qui ont une vision des choses bien trempée. "Pourtant, je ne suis pas un réalisateur trash. Dans mes films, il y a de la tendresse, de l’humanité, de l’amour, de la sensibilité."

Pour son deuxième long-métrage, "Demain, j’arrête", qui a pour toile de fond le monde de la drogue, le réalisateur a disposé d’un peu plus de moyens. "3-4000 euros de budget et une équipe d’une dizaine de personnes". Un scénario écrit en un mois et un nouveau tournage de six semaines dans les rues de Liège ("mais j’aurais pu le tourner n’importe où", assure-t-il) avec des comédiens amateurs et professionnels. "J’aime ce mélange et je n’aime pas travailler par connaissance, par piston. Je préfère aborder des gens spontanément. Instinctivement, je repère en eux une histoire personnelle que j’ai envie de connaître." Le film est actuellement en post-production et devrait faire l’objet d’une sortie en salle en novembre.

Karim Ouelhaj réalise actuellement "Toundra", un film "violent, fort, décalé et politiquement incorrect". Il s’envolera pour la Norvège début septembre pour y tourner quelques scènes. Des projets, il en a plein les tiroirs, comme "Soul on Fire", un film expérimental qui mêle musique, danse, d’animation et cinéma. Ce cinéaste authentique qui, de son propre aveu, a parfois du mal à montrer ses films, doit se battre pour trouver des financements. "J’assume de plus en plus mes films et leur propos, clame-t-il. Et si je pouvais aller encore plus loin, je le ferais."

Infos : okayss.com