Gazette de Liége Un témoignage pluriséculaire de l’engouement pour l’Amérique.

Comme promis dans la précédente chronique (cfr Libre Belgique - Gazette de Liége 21/08/2017) consacrée aux rues de Liége qui portent un nom étonnant, je vous parle aujourd’hui de la rue Mississipi (avec un p, comportant ainsi une faute d'orthographe). Elle se trouve dans le quartier de l’Ouest, entre la rue Hocheporte et la rue des Fossés. En fait elle longe les anciens fossés dont elle faisait partie.

Terrains vagues et fossés

En 1568, les tentatives d’invasion de la ville par le prince d’Orange incitèrent les Liégeois à renforcer les défenses. Plusieurs propriétaires, dont des chanoines de la cathédrale, permirent à la ville de prendre des pierres et des terres sur leurs terrains pour renforcer les remparts. Pendant de nombreuses années l’endroit était une sorte de terrain vague percé de fossés. En 1781, le cimetière de l’église Saint-Séverin ayant été utilisé pour la construction d’une nouvelle église, c’est dans une parcelle de ces fossés qu’un nouveau cimetière fut aménagé. C’est le premier cimetière paroissial de Liège installé hors les murs. L’endroit était donc assez lugubre, d’autant qu’un meurtre y fut commis. Les habitants avaient tellement peur que, pour se rendre à Sainte-Marguerite ils préféraient faire un grand détour par la rue Hocheporte plutôt que suivre, le long du cimetière, les monticules de terre qui formaient la rue Mississippi. En 1818, le cimetière fut abandonné pour le cimetière de Robermont.

Certaines habitations furent construites au début du XVIIIe siècle sur la partie haute de la rue. Ce n’est qu’après 1839 que d’autres constructions s’élevèrent sur l’emplacement de l’ancien cimetière.

L’attrait du Nouveau Monde

Fin XVIe et début XVIIe siècle, il y avait dans nos régions un véritable engouement pour ce qu’on appelait le Nouveau Monde. Dès 1641, l’embouchure du grand fleuve, le Mississipi, avait été découverte. Ce fut un religieux belge né à Ath, Louis Hennepin, qui, le premier, explora le fleuve d’un bout à l’autre en 1680 et 1681. Dans nos contrées éprouvées par les guerres de Louis XIV, de nombreux habitants de la principauté de Liège s’expatrièrent. Les avantages de cette émigration firent même l’objet d’un opéra - comique en wallon, Li Fiesse di Hoûte si’ploût, musique de Jean-Noël Hamal sur un livret de Vivario. Sans doute est-ce l’humour liégeois qui baptisa "Mississippi" les terrains nouvellement aménagés à côté de Hocheporte. Toujours est-il que l’appellation rencontra un vif succès. Tout Liège adopta le nom pour désigner cette sorte de "nouveau monde" formé par les restes de l’aménagement des remparts. A tel point que plus tard, le nom fut officiellement donné à la rue qui y fut aménagée.

Et voilà pourquoi on trouve dans un quartier de la ville de Liège l’évocation du fleuve dont le nom Mississippi vient de l’expression amérindienne "misi-zijbi" qui signifie "grand fleuve".