Gazette de Liége

CHRONIQUE

La qualité prime dans cet ensemble où Boris Mestchersky fait de ses tableaux une chanson de geste. L'exubérance des couleurs éblouit avant de pousser à l'interrogation: que sont ces morceaux de puzzle emmêlés avec jovialité, quel jeu de mécano fantasque éclate-t-il sous nos yeux? Un univers se découvre sous les apparences: une silhouette de canard, Snoopy, ou peut-être un nègre hilare? D'un coup sort du brouillard lumineux une cité au tracé désarticulé et baroque. Par leurs couleurs fortes, ces oeuvres sont comme un hymne jazzique jovial et improvisé.

A rapprocher de ce peintre, Simone Finck où la vigueur impose son allure, présente des abstraits fort denses, aux coloris sombres et violents. Eclatement d'une personnalité, les tableaux laissent percer l'angoisse d'une recherche autant que la joie retirée.

Maître verrier, Stanislas Borowski expose avec ses deux fils Pawel et Wiktor, un imaginaire taillé dans du cristal coloré, un bestiaire humoristique, farfelu et gai, enchanteur, avec un coin d'érotisme interprété -non sans sourire- avec vigueur et imagination. Tout l'opposé d'un Distel, dont les pin-up de calendrier, aux jolis visages inexpressifs, prennent des attitudes de playgirls, faute de mieux, et suggèrent un érotisme facile qui ne dit pas son nom et qu'on ne peut comparer ni à Aslan ni à Vargas, les maîtres du genre(1).

Wax dans le rétro

Collages, peintures, lithos, regard vers le passé: une mini-rétrospective de Philippe Waxweiler, qu'on loue ou déblatère, à un point tel que son humour lui permet d'encadrer une lettre (anonyme, bien sûr) qui l'invective courageusement. On retrouve les grandes lignes de son oeuvre graphique, les périodes d'inspiration, l'actualité saisie au vif pour créer couvertures de livres ou affiches de théâtre. C'est emballant et bien emballé. Avec quelques sculptures qui rappellent son passage au Val St-Lambert(2).

Du papier à la toile

Ils sont une quinzaine à avoir réalisé chacun deux oeuvres à partir de textes d'écrivains. Un ensemble qui garde sa cohérence parce que les artistes, ayant eu carte blanche, ont conservé un quant à soi respectueux par rapport aux textes, réalisant une sorte d'osmose bienvenue parce que jouissive et donc sincère. Avec son humour, Manuel da Costa dit et montre pourquoi il va bientôt entamer Proust, tandis que Philippe Gibbon, pratiquant son art du crayon, s'est lancé sur les traces de Hemingway à Paris. Humour caustique, avec Marc Vanden Brom qui montre un portrait de «6Menon Maigret compté», souvenirs d'enfance chez Giovanna Ruggieri sur les traces de François Jacqmin, tandis que Maryse Larmuseau vogue avec Baudelaire. Il faudrait encore dire le noir et blanc photographique de Mady Graulich, le regard de Marcelle Imhauser, l'implacable érotisme dessiné de Christian Kirkove ou les traces que laisse Jean-Claude Deprez en gravure(3).

Entrez dans la lumière

Toutes les couleurs flashent chez Luis Salazar, cohérentes dans leur désordre apparent, se répondant comme des pièces de puzzle, sortant de l'ombre, se révélant, éclatant enfin dans la lumière. La luminosité imprègne ces huiles finement agencées, cette virulence contenue dans un mouvement vif qui révèle un véritable tempérament.

Emboîtages avec le sculpteur Vincent Rousseau, dont les créatures semblent taillées à violents coups de burin et dénotent cependant une infinie tendresse. L'artiste a capté dans le bronze le geste qui enrobe, la silhouette qui exprime tout sans qu'il soit besoin de modeler les formes. Cet expressionnisme enchante par les reflets de lumière qui se posent dans les creux et expriment les attitudes(4).

(1)Galerie Bonhomme, jusqu'au 15/4.

(2)Espace Venta, jusqu'au 2/4.

(3)Galerie Orpheu et Le Parc, jusqu'au 16/4.

(4)Doutreloux, jusqu'au 2/4.

© La Libre Belgique 2006