Gazette de Liége Le maintien parfait des cotiresses a fait la réputation des Liégeoises.

Il n’y a pas une rue du Printemps à Liège mais nombreuses sont les artères qui portent des noms d’oiseaux (Mésanges, Fauvettes, Pinsons…) ou de fleurs (Églantines, Muguets…).

Les premières asperges

Les rues qui pourraient le mieux illustrer le printemps se trouvent sur les hauteurs de Liège, là où s’étendaient les grandes cultures maraîchères, à Sainte-Walburge, au Thier-à-Liège, à Vivegnis, au-dessus de Saint-Gilles et aussi, en face, à Grivegnée, Jupille, Bressoux ou encore à Kinkempois où on débarquait du bateau, noir et blanc, dénommé le "Marcel Orban", parti du bassin du Commerce, ou avec le bateau à roue, le "Liège-Seraing" qui, paraît-il, était jaune canari. C’est aussi à Kinkempois que se trouvait la Maison Blanche où les Liégeois et les Liégeoises se retrouvaient, dès les premiers beaux jours. Sans parler, bien sûr, de Chaudfontaine mais là, c’était surtout l’été.

Dans le passé, il était de tradition dans les familles liégeoises d’aller manger les premières asperges à Vivegnis. C’est sur les terrains de l’ancienne abbaye de Vivegnis que s’étaient développées des cultures d’asperges. On apportait le plat d’asperges fumantes avec des œufs durs et du beurre fondu. On se servait à la bonne franquette. Le printemps était bien là !

Botteresses et cotiresses

Dès les premiers beaux jours, bouquetières, botteresses et cotiresses, véritables messagères du printemps, descendaient sur la ville chargées de primeurs. Elles portaient sur la tête, par-dessus un chapeau à larges bords destinés à les protéger des gouttelettes qui coulaient, des légumes et des fruits dans leurs grands paniers. Ces paniers dits "Tchètet" avaient un diamètre de 1,5 m et des bords de 50 à 60 cm de haut, ils étaient pleins de radis roses, de bottes d’asperges et de jeunes laitues. Plus tard, ce seront les grosses fraises rouge foncé, les Saint-Lambert, les cerises (parfois enfilées sur un bâton) et, à l’automne, les prunes, reines-claudes et autres cûtes peures (poires cuites), souvent aussi du fromage et notamment la "Potkèse" (fromage fermenté fait avec de la caillebotte piquante).

La cotiresse portait les premiers légumes, fruits et fleurs. Elle devenait botteresse quand elle portait le bot ou la hotte, plus pratique pour empiler les choux, les poireaux, les pommes de terre, les navets…

Le maintien des cotiresses était parfait, le regard droit, la tête haute imposée par la charge qu’elles supportaient, les épaules en arrière, tous les muscles raidis jusqu’aux talons. Le châle croisé sur la poitrine bombait au bon endroit et la taille était serrée par les cordons du tablier. C’étaient de belles femmes qui ont fait la réputation des Liégeoises. D’autant qu’elles étaient connues pour leur franc-parler et leur esprit très vif.