Gazette de Liége

Parmi les grands dossiers liégeois dont l’aboutissement s’annonce laborieux, figure bien celui de l’aménagement du quartier des Guillemins qui est intimement lié à celui de la nouvelle gare TGV, laquelle doit être inaugurée en septembre prochain, plus de quinze ans après le lancement de ce projet par EuroLiègeTGV, filiale de la SNCB chargée de le mener à bien.

"C’est la dernière ligne droite, explique Vincent Bourlard, le patron d’EuroLiègeTGV. La date d’inauguration est fixée et les corps de métier mettent les bouchées doubles pour que le chantier soit définitivement terminé". Ce jour J, prévu le 18 septembre, marquera donc la fin des travaux de cette gare imaginée par l’architecte espagnol Santiago Calatrava et verra un autre "artiste" de renom, à savoir le Belge Franco Dragone, "se mettre au service de la gare".

Le hic, c’est que cette nouvelle gare, qui aura coûté "trois fois plus cher" et dont les travaux auront duré "trois fois plus longtemps que prévu" - dixit les autorités communales liégeoises -, sera inaugurée face à une morne plaine et non devant une nouvelle esplanade encore et toujours à l’état de projet.

C’est qu’à ce niveau, le projet - c’est celui de l’architecte liégeois Daniel Dethier qui a finalement été retenu et préféré à la vision de Calatrava - n’en finit pas d’évoluer et de diviser les différents partenaires que sont la Ville, la Région et EuroLiègeTGV. Ces derniers doivent se retrouver au sein de la Société de développement de Liège-Guillemins (SDLG), une société anonyme de droit public instituée par un décret wallon du 30 avril et dont la mission consiste en l’aménagement de l’espace défini dans le périmètre de remembrement urbain du quartier.

Le moins que l’on puisse écrire, c’est que cette SDLG a du pain sur la planche puisque, outre la réalisation de la place devant la gare, de l’esplanade et de la passerelle prévue vers la Boverie, elle est chargée de l’enfouissement des quais le long de la Meuse et dispose aussi d’un pouvoir d’expropriation.

En outre, cette création d’envergure régionale est détentrice des fonds européens Feder, à savoir quelque 30 millions d’euros. La "dead line" prévue pour la liquidation de ces fonds est fixée à fin 2015, ce qui fait dire à l’ensemble des intervenants que le temps presse et, ainsi que nous le confiait l’échevin liégeois de l’Urbanisme, Michel Firket (CDH), "il y a urgence".

"Le problème, au sein de cette SDLG, va être d’obtenir un consensus entre des visions fort différentes", s’inquiète Veronica Cremasco (Ecolo), désormais ex-conseillère communale et nouvelle députée wallonne. Et cette dernière de poursuivre : "Je pense qu’il n’y aura pas de réconciliation possible entre la Ville et la SNCB pour qui il n’y a pas de vision claire et ambitieuse dans ce dossier. Le risque est bien que se dégage un consensus mou".

Comme sa collègue écolo, qui parle de "véritable gâchis" concernant ce dossier, Christine Defraigne (MR) se demande "quel va être le rôle de chacun dans cette SDLG ?" Selon la conseillère et députée libérale, faisant le parallèle avec le domaine des transports, "il s’agit ici d’une rupture de charge qui peut être source de confusion". Au Parlement wallon, elle a ainsi voté contre ce qu’elle estime être "une façon pour la Ville de se déresponsabiliser par rapport à ce dossier".

Pour le bourgmestre Willy Demeyer (PS), qui est aussi le président de la nouvelle SDLG, la Ville est bel et bien à la manœuvre dans ce dossier. "Il y aura un accord et je ferai évoluer le dossier positivement", assure-t-il même. C’est tout le mal qu’on lui souhaite