Gazette de Liége

Des procédures négociées sans cahiers des charges. Des attributions de marchés entachées de favoritisme. Du personnel communal employé à des tâches de propagande politique pendant les heures de service. Des dossiers de demandes de logements sociaux qui passent du bas au haut de la pile par la magie d'une carte de parti. Un ancien échevin devenu conseiller juridique fantôme d'une société d'habitations sociales. Un bourgmestre qui doit se délester de mandats cumulés des années durant sans que personne n'y trouve à redire. Des maïeurs qui cèdent leur écharpe au dauphin choisi par le parti à quelques mois des élections, histoire de forcer la main à l'électeur. Une société de logements publics qui dysfonctionne allègrement sous la houlette d'un député permanent cumulard. Une société de logements dont le vice-président est l'oncle du commissaire réviseur, l'un et l'autre étant frère et fils du bourgmestre en titre de la commune!...

Vous avez dit pays de Charleroi? Non: pays de Liège.

Il y a quelques semaines encore, le monde socialiste principautaire pouvait aller répétant que la bourrasque des affaires hennuyères ne franchirait pas les frontières de la province, à une ou deux excroissances près. Rien à voir, vous pouviez passer votre chemin: chez nous, tout avait été nettoyé au début des années 90, dans la foulée des affaires Cools, Van der Biest et Cie. Les procès Agusta et Inusop n'étaient-ils pas déjà en leur temps, selon la drolatique expression d'un Robert Collignon, «des phénomènes de conséquences» ? C'était, en somme, pure injustice que le PS rajeuni, modernisé, épuré, ait toujours à subir les effets d'une époque révolue...

Aujourd'hui, chacun peut juger sur pièce de la valeur de cet amendement collectif autoproclamé. Et pas seulement en bord de Sambre.

Certes, il n'y a pas (encore) d'inculpations à Liège. Les faits dénoncés n'en constituent pas moins, au minimum, des manquements à la déontologie, des infractions à des règles dûment en vigueur et, dans tous les cas, des abus de parti dominant. Quand une bande de costauds fait irruption au conseil communal de Flémalle pour intimider un membre de l'opposition, on n'est pas loin de certaines moeurs en vigueur dans l'empire Van Cau. Quand les ouvriers communaux de Saint-Nicolas sont promptement réunis en assemblée pour chanter, devant les caméras de la télévision, les louanges de leur employeur, la scène évoque furieusement celle des manifestations de soutien des fans et obligés de Jean-Pierre De Clercq.

C'est grave, très grave. Et nous sommes particulièrement fondés à croire, pour calquer un autre mot célèbre de l'histoire contemporaine liégeoise, que ce n'est pas ter-mi-né.

© La Libre Belgique 2006