Gazette de Liége 26 octobre - 1er novembre 1918 La grippe continue à faire beaucoup de ravages.

Issu d’une lignée de commerçants et commerçant lui-même, Henri Jamin témoigne dans ses carnets de la vie à Liège durant les années 1914-18.

La fin possible et probable de la guerre a eu pour effet de ralentir beaucoup tous les commerces, surtout les commerces d’articles de guerre. Sur les denrées prohibées, il y a une baisse énorme : on offre du froment à 2 F - 1, 50 le kg et on n’achète pas. La pomme de terre 1 F le kg, le beurre reste cher 35 à 38 F le kg, les viandes ont fort baissé de 16 F le kg à 12 F. La charcuterie est fort en baisse aussi, le lard 35 F le kg, la graisse 25 le kg, ce qu’on vendait il y a un mois 45 et 50 F le kg. Les légumes (chou blanc et rouge) sont en extrême abondance. Les prix sont fixés par la Ville à des taux très bas. Le ravitaillement en pain - saindoux (le lard est supprimé, dit-on, ainsi que le beurre)- et féculents donne à peu près satisfaction au public. Chaque mois on distribue par tête 750 à 800 g de sucre. Dans tous les cas, la situation économique s’est fort améliorée. On parle de fixer à 500 g par jour la ration de pain à partir du 1er novembre ?

L’officier-médecin que nous avons eu à la Villa, du 15 au 20 octobre, partait déjà le 21 octobre. Il est remplacé par un major-médecin qui doit venir s’installer pour un mois.

Samedi 26, paraît la réponse de Wilson (voir Télégraphe). Ce n’est pas encore l’armistice ni la Paix. L’impression est que l’Allemagne répondra et cherchera à donner satisfaction à Wilson. Dimanche 27 : les journaux annoncent la démission du général Ludendorf, chef du grand État-Major.

Vendredi 1er novembre, Toussaint, temps magnifique à Robermont le matin. Il fait si chaud que nous portons nos pardessus sur le bras. Je rentre à midi. Ce soir, nous avons fêté le jubilé des 21 ans d’Albert et passé une petite soirée en famille avec Charles et Amélie. Tante Louise un peu grippée n’est pas venue. La grippe continue à faire beaucoup de ravages. Il y a assez bien de décès : on dit qu’il y a bien 28 000 cas à Liège. La proportion des décès dans ces cas ne serait encore que d’une moitié pour mille.

On est toujours dans l’attente de la réponse de l’Allemagne ; aura-t-elle l’armistice sollicité ? Acceptera-t-elle cet armistice ? On pense que le grand État-Major allié lui fera des conditions assez dures. L’Autriche-Hongrie se démembre complètement, elle demande un armistice et veut faire une paix séparée. Les armées autrichiennes ne veulent plus se battre. La Turquie a fini aussi ; elle se retire du conflit. Elle obtient l’armistice et son sort sera réglé à la réunion générale de la Paix. Voilà l’Allemagne absolument seule.