Gazette de Liége

Le quartier Liège-Cathédrale, la rue de Marnix à Seraing, la route de Saint-Trond et bien sûr les Guillemins. Tant de lieux de passages bien connus dans la région liégeoise... pour être des hauts lieux "de passe". De 10 euros - souvent selon la femme (ou fille) exerçant son métier - à plusieurs centaines d'euros pour les privées, Liège, Cité ardente, possède assurément ses coins réputés de la prostitution et ses références en matière de proxénétisme.

Pour combien de temps ? Avec quelles règles ? Avec quelles conséquences ? Des questions ouvertes qui n'ont toujours pas aujourd'hui de réponse claire.

Récemment pourtant, la construction de la nouvelle gare des Guillemins et l'aménagement de ses alentours se sont présentés comme un pied maladroit dans la fourmilière. Comme un pavé jeté involontairement dans la mare de la prostitution. Un quartier rasé, le départ forcé de dizaines (centaines ?) de filles. Conséquences : l'arrêt de travail pour certaines prostituées ? La réorganisation du milieu ? Ni l'un ni l'autre à en croire les acteurs de terrains, police, ASBL d'aide et prostituées elles-mêmes.

Vers Seraing...

C'était il y a 8 ans, les premiers coups de pioche étaient donnés à proximité de l'ancienne gare des Guillemins. Objectif : rendre à Liège la place qu'elle doit occuper au niveau européen en la dotant d'une porte d'entrée des plus visibles : une toute nouvelle gare ultramoderne.

Et si tous les yeux à l'époque - et encore aujourd'hui - se tournaient vers ce projet pharaonique, à quelques enjambées de là, d'autres questions se posaient pour "les dames de Varin" : où vont-elles aller ?

Trente-cinq bars officiels (à ne pas confondre avec les salons où ce sont officiellement des prostituées qui exercent) étaient à l'époque répertoriés rue Varin. Puis du jour au lendemain, plus rien, ou presque. Aujourd'hui, s'ils sont mieux cachés, dix résistent toujours ainsi qu'un dernier, rue Paradis.

Question : qu'est-il advenu des bars... et des filles ?

"On ne peut pas vraiment parler de réorganisation du milieu", commente Quentin Deltour, responsable de l'ASBL "Espace P", située en Souverain-Pont, qui s'occupe de l'aide aux prostituées. "Nous pensons que la ville a plutôt attendu que le milieu se réorganise, il n'y a pas vraiment eu de plan de gestion social". Juste des expropriations donc souvent mal vécues par les filles elles-mêmes (voir ci-dessous). Logique est-on tenté de dire pour un milieu au sein duquel nombre d'infractions sont déjà passées sous silence.

Côté autorités, c'est à la police des moeurs, en charge de tout ce qui touche à la prostitution, que le problème est vécu. Et là aussi, on ne parle pas d'organisation, mais de plutôt de "départ naturels". La question est donc où sont-elles allées ? En toute logique, de nombreuses filles de bars se sont retrouvées sur la route de Saint-Trond, dans des bars identiques à ceux des Guillemins. Car si aucun classement officiel n'existe, il est de coutume de dire que les filles de Varin, plus jeunes et plus jolies, faisaient parties des "prostituées de luxe" sur la place de Liège. D'autres, "moins chanceuses" selon le milieu, ont migré vers Seraing et la célèbre rue Marnix qui a vu sa prostitution densifiée : "À l'inverse de Liège, il peut y avoir des salons (et donc des vitrines) à l'étage", commente la brigade. Précision de taille : ce ne sont plus des bars mais bien des salons, un cran en dessous...

Et d'évoquer toujours à la police le projet d'un centre de prostitution à Liège. Récemment, c'est le Val-Benoît qui avait été pointé du doigt, ou même le "futur-ex" stade du Standard. Le cas échéant, la reconversion du "chaudron" pourrait être tout aussi grand public...