Gazette de Liége

Le maïeur amaytois affichait un large sourire lundi soir au conseil communal. Le sarcophage de sancta Chrodoara, véritable joyau patrimonial de l’entité, entre dans une procédure de classement, en tant que trésor de la Communauté Française. "Il va devenir une source d’attraction supplémentaire pour les touristes", se réjouit Jean-Michel Javaux (Ecolo). Abrité dans la collégiale Saint-Georges et Sainte-Ode, ce sarcophage mérovingien est unique au monde. Et pour cause : à ce jour, il est le seul à figure humaine. "La silhouette de Sancta Chrodoara est en effet représentée sur le couvercle, gravée dans de la pierre calcaire des environs de Saint-Dizier, explique Jean-Louis Matagne, guide amaytois. Et il met en valeur d’incontestables qualités artistiques. Ainsi, la partie supérieure montre un personnage féminin, Saint-Ode, vêtu d’une longue robe et portant un bâton à la main droite. Le dessin est remarquable et la gravure est toute de finesse". En réalité, Sancta Chrodoara n’est autre que Sainte-Ode, vénérée à Amay. "Elle a vécu au 6e siècle, poursuit le guide. C’était une grande noble et illustre dame qui venait de l’aristocratie italienne. Elle a fait don de ses biens aux pauvres et aux sanctuaires. À sa mort, un culte s’est développé menant à l’élévation de ses reliques dans le sarcophage en 730".

Il faudra attendre 1977 pour que ce véritable chef-d’œuvre de l’art mérovingien soit mis à jour par le cercle archéologique Hesbaye-Condroz, à l’endroit précis du chœur de la collégiale. Cette découverte est le fruit du hasard, un hasard quelque peu forcé. Alors qu’on savait que les fondations du village gallo-romain, sous la place actuelle d’Amay, se prolongeaient sous la collégiale, personne n’avait jamais autorisé de fouilles dans le lieu saint. L’abbé Léon Ledent, féru d’archéologie, sera l’initiateur des premiers coups de pioche, début des années 70. "L’abbé profita d’un problème d’humidité à l’endroit des trois marches qui menaient au chœur de l’édifice pour enclencher des travaux et faire entrer par la même occasion les archéologues". Le sarcophage fut retrouvé vide, les reliques de la sainte ayant été transférées dans la châsse vers le 12e siècle. Une châsse qui constitue d’ailleurs le second fleuron du patrimoine amaytois, elle aussi exposée au sein des murs de la collégiale.

Aujourd’hui, le sarcophage est visible depuis une large ouverture vitrée dans le dallage, à l’endroit même de sa découverte. Les touristes affluent de Belgique, mais aussi de Hollande, d’Allemagne. Grâce à une dizaine de bénévoles passionnés, la collégiale est ouverte tous les jours de l’année. Plutôt rare "Le classement va probablement nous permettre d’obtenir des subventions pour sa protection, accrue, et celle de la châsse", se réjouit Jean-Louis Matagne.